Portrait d’un révolutionnaire : Alaa Abdel Fattah

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Une famille de révolutionnaires

Né en 1981 dans une famille d’activistes de gauche, il est le fils de Ahmed Seif El-Islam Hamed, un avocat renommé qui a co-fondé en 1999, le « Centre Légal Hisham Moubarak » spécialisé dans la défense des droits de l’homme et apportant plus particulièrement son aide aux victimes de torture et de détention arbitraire.

Ahmed Seif El-Islam Hamed, le père

Ahmed Seif El-Islam Hamed, le père.     Photo : Source

Dans les années 80, Ahmed Hamed a été arrêté et emprisonné pendant 5 ans en raison de ses activités politiques. La mère d’Alaa, Laila Soueif, professeur de mathématiques à l’Université du Caire est également un personnage incontournable de la révolte égyptienne.

Laïla Soueif, la mère

Laïla Soueif, la mère (photo : Wikipédia)

Elle a été de toutes les manifestations à partir du 25 janvier mais aussi bien avant lorsque les manifestants ne constituaient qu’une poignée d’individus face à une marée de policiers. Mona Seif, la cadette, née en 1986, est la co-fondatrice du groupe de pression « Non aux procès militaires pour les civils».

Mona Seif, la soeur

Mona Seif, la soeur. photo : source

Elle a aussi été de toutes les manifestations, dont la dernière en date, mardi 26 novembre, durant laquelle elle a été arrêtée, puis relâchée plusieurs heures après, en plein désert. La force de Mona est son excellente maîtrise des médias sociaux qui lui ont permis de diffuser bien au-delà des frontières, ce qui se passait en Egypte.

Manal Hassan, la femme d’Alaa, vient du même milieu que son époux, avec un père également engagé dans les droits de l’homme et qui dirige actuellement Le Centre d’Etudes du Caire pour les Droits de l’Homme. Alaa et Manal ont été les pionniers du blog politique en Egypte puisqu’ils animent le blog très connu www.manalaa.net depuis 2004 (inaccessible au moment de la rédaction de cet article).

Premiers engagements, première arrestation

En mai 2006, Alaa est incarcéré pour la première fois pendant 45 jours alors qu’il manifestait pacifiquement pour une justice libre. De part son engagement connu à travers son blog, cette arrestation soulève la réprobation internationale. En 2008, Alaa et Manal s’installent en Afrique du Sud. Quand le sol de Tahrir se met à trembler sous les pieds de centaines de milliers de manifestants, ils savent que le moment de rentrer au pays est venu. Ils arrivent au Caire le 2 février, jour de la « bataille du Chameau ». Après le départ de Moubarak, le couple fait part de son souhait de fonder une famille. S’ils ont un garçon, il s’appellera Khaled en hommage au martyr « Khaled Saïd ».

Manal, Alaa et Khaled

Manal, Alaa et Khaled. Photo : Source

Les déboires d’Alaa Abdel Fattah à l’heure du Conseil Suprême des Forces Armées

Khaled nait le 6 décembre 2011 mais son père n’est pas là pour l’accueillir, il a été arrêté et incarcéré le 30 Octobre. Il est accusé d’incitation à la violence lors des violents affrontements ayant eu lieu le 9 octobre entre des manifestants coptes et l’armée. Ce qu’on a appelé le « massacre de Maspero » s’est soldé par la mort d’une trentaine de manifestants, en majorité coptes. Alaa refuse d’être interrogé par des militaires et il fait savoir clairement son opposition au fait que le parquet militaire soit en charge d’enquêter sur le massacre de Maspero alors que l’armée est directement impliquée. N’ayant jamais été formellement inculpé, il est relâché le 25/12/11 avec toutefois, une interdiction de quitter le territoire. Le massacre de Maspero, l’arrestation d’Alaa et l’autre massacre de la rue Mohammed Mahmoud fin novembre seront autant d’éléments qui marqueront la défiance de plus en plus affichée des activistes libéraux envers les militaires.

Lors de la campagne présidentielle au printemps 2012, Alaa Abdel Fattah se rallie à Khaled Ali. Ce candidat est considéré, par beaucoup, comme le plus révolutionnaires de tous. Ce socialiste, avocat et défenseur des droits humains, est très engagé dans la justice sociale et économique et dans la lutte contre la corruption. A 40 ans, il est aussi le plus jeune des candidats. Souffrant d’une faible notoriété publique, il n’obtiendra que 0,58% des voix au premier tour. Au deuxième tour, les Egyptiens doivent choisir entre le candidat des Frères Musulmans, Mohammed Morsi et le candidat inféodé à l’ancien régime, Ahmed Shafiq. Dépités par ce non choix, plusieurs révolutionnaires appellent au boycott du 2° tour. Pour Alaa, rien n’est plus important que de contrer Shafiq. Il annonce publiquement qu’en cas de duel Shafiq-Morsi, il votera pour Morsi. Il est prêt à soutenir le nouveau président élu si celui-ci parvient à prendre le dessus sur l’armée et ne reproduit pas les mêmes erreurs qui furent celles des parlementaires Frères Musulmans.

Les déboires d’Alaa Abdel Fattah à l’heure de Morsi

En novembre 2012, Morsi s’octroie les quasi plein pouvoirs. Le divorce avec les  révolutionnaires est consommé. Fin mars 2013, des heurts violents éclatent entre pro-Morsi et Anti-Morsi faisant une centaine de blessés. Un mandat d’arrêt est lancé contre Alaa à qui il est reproché d’inciter à la violence à travers les médias sociaux. Pour éviter une arrestation traumatisante, Alaa se rend de lui-même le 26/03 au bureau du procureur général , mais ne lui reconnaissant aucune légitimité, il refuse de répondre à ses questions. Il ressort le soir même. Le procureur général le renvoie devant la cour pénale le 5 juin. En mai, il est de nouveau interrogé pour une autre affaire. Lors de l’incendie du QG d’Ahmed Shafiq en mai 2012, des témoins affirment avoir vu Alaa (et sa soeur Mona) à proximité et Shafiq l’accuse formellement. Le verdict sera rendu le 5 janvier 2014. Pour l’autre affaire (incitation à la violence et attaque du QG des Frères musulmans), Alaa sera finalement acquitté début juillet après la chute du Président Morsi. Cette chute, Alaa la souhaitait. Dans un article daté du 25 avril 2013 en soutien au journal Egypt Independent sur le point de fermer, il écrivait “ Ils [les membres de l’équipe d’Egypt Independant] aimeraient voir la chute rapide de Morsi comme nous tous”].

Les déboires d’Alaa Abdel Fattah à l’heure de la reprise en main du pays par l’armée

Le 30 juin, il participe à la manifestation dans le but de renverser le pouvoir en place. Il fait également partie de ceux qui ont demandé l’évacuation des places Nahda et Rabea. Alaa dit que des manifestants sont “lourdement armés” et impliqués dans des heurts avec le voisinage. “Les résidents ne peuvent pas faire face à ces militants armés. Il n’y a pas de solution politique. Les forces de sécurité sont les seules à pouvoir gérer une telle situation”. La situation sera effectivement gérée par les forces de sécurité faisant au bas mot des centaines de morts le 14 août. Alaa dénonce le massacre “On est de retour au temps de Moubarak” réagit-il le jour même sur son compte Twitter “ A bas, à bas tous les Moubarak. Sissi est Moubarak”. Plus récemment, dans un communiqué, il tient le général Abdel Fattah al-Sissi pour responsable du massacre lors de l’évacuation des places. Alaa Abdel Fattah, la bête noire de tous les régimes, était emprisonné le 6 décembre 2011 et n’a pas pu accueillir son fils à la naissance. De nouveau emprisonné depuis le 28 novembre, il n’a pas non plus fêté son deuxième anniversaire.

Mise à jour du 12/03/2014

Alaa est toujours en prison et du fond de sa cellule il lit et il écrit des lettres aux Égyptiens qui voudront bien le lire.

En prison, j’essaie de compenser mon inactivité et mon impuissance par la lecture. Peut-être cela me permettra-t-il de m’informer ou d’acquérir une sagesse utile à ceux qui me rendent visite, ou que cela m’aidera le jour où je serai libéré. J’ai lu — entre autres — sur l’autisme. Je (…) me surprends à faire le lien avec les troubles de la révolution. J’imagine que l’autisme est une bonne métaphore de notre condition.

Lire la suite sur Orient XXI

L’intégralité de la lettre en anglais sur MadaMasr

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Une réponse à Portrait d’un révolutionnaire : Alaa Abdel Fattah

  1. le guen dit :

    Merci beaucoup pour cet article et tous les autres.

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