L'antisémitisme existe aussi dans les beaux quartiers : je l'ai rencontré

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La bête immonde est de retour nous dit-on. “ Il est là, et bien là, avec ses cellules combattantes, ses figures emblématiques, ses petites frappes et ses caïds passés sans transition du gangstérisme au djihad, ses idéologues, ses prêcheurs.” nous dit BHL. L’antisémitisme des banlieues, comprendre l’antisémitisme arabe ou même musulman aurait supplanté l’antisémitisme pur produit du terroir de grand-papa.

Est-ce bien vrai?
Je remarque déjà que dans son édito à paraître le 18 octobre dans le Point, BHL ne mentionne pas le succès du hashtag #lebonjuif. Des blagues douteuses voire carrément gerbantes qui ont circulé toute la journée du 10 sur Twitter. Leurs auteurs n’étaient pas particulièrement banlieusards, ni arabes, ni musulmans.

J’ai été deux fois confrontée à des paroles violemment antisémites.

La première fois c’était lors d’une manif de soutiens à la Palestine à laquelle je participais à la fin des années 90. Arrivés à République, deux excités (un homme et une femme de 40-50 ans) d’apparence très musulmane se sont mis à gueuler qu’il fallait aller cramer une synagogue. Très vite, d’autres manifestants, tout autant d’apparence musulmane ont vivement calmé leurs ardeurs en leur disant que si on voulait aider la cause palestinienne, il fallait faire en sorte que les juifs se sentent bien en France et ne soient pas tenter d’émigrer en Israël. Les deux excités se sont bien calmés et se sont trouvés très niaiseux.

La deuxième fois, c’était à peu près à la même époque. Un avocat flairant le contrôle fiscal m’avait embauchée (au black) pendant une petite semaine pour remettre sa compta en ordre. Du “pain béni” pour la petite étudiante fauchée que j’étais. C’était un cabinet cossu dans le 14° arrondissement. Un jour, le type s’est mis à a parler devant moi avec une de ses amies. Ils regardaient ensemble des CV et faisaient des blagues nulles sur les candidats. A un moment, l’avocat s’exclame “tiens regarde, encore un juif qui se cache”. Il parlait d’un candidat qui avait un nom comme  “Cohen” affublé d’un préfixe ou d’un suffixe. Petits rires entre amis, j’espèrais ne pas avoir compris et me replongeais dans les innombrables notes de resto à enregistrer dans la catégorie « frais de représentation ». Comme pour me sortir de mon ignorance toute provinciale, l’avocat reprends “je les repère les juifs qui candidatent et je leur colle des étoiles jaunes sur leur CV”. Si la teneur des propos m’a profondément choquée, j’ai sans doute été encore plus choquée que ces propos soient tenus devant moi comme s’ils pensaient que je partageais tout naturellement leur bêtise.

Loin de moi, l’idée de dire que cet antisémitisme est surtout l’apanage du certaine bourgeoisie parisienne. En fait, il me revient à l’esprit qu’avant même d’émigrer à Paris, je l’avais aussi rencontré en Bretagne. Il y avait ce jeune paumé à Clocher-Les-Bécasses qui avait le cheveu ras, faisait des saluts nazis et entraînait ses talents d’artiste en barbouillant les murs de la chapelle de croix gammées. Les potes en parlaient parfois avec un mélange de dégoût et de mépris. Ceci dit, les blagues foireuses de l’avocat me choquent bien plus que les saluts nazis de ce pauv’ type.

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