Le film islamophobe n’était pas un film mais juste une bande-annonce : le film, c’est maintenant.

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Les “violences” dans le monde musulman ont une fois de plus fait l’actualité de cette fin de semaine.

Le film qui a mis le feu aux poudres.

En juillet 2012, un certain Sam Bacile met en ligne la bande-annonce d’un film sensée présenter la vie du Prophète Mohammed. C’est un film foncièrement islamophobe qui ridiculise le Prophète, le dépaignant comme un abruti sanguinaire et obsédé sexuel (hommes, femmes, enfants). Quelques mois plus tard, la bande-annonce est traduite en arabe, paraît-il par des musulmans souhaitant dénoncer l’islamophobie de l’extrait mais je n’ai rien lu de probant là-dessus. Finalement, on ne sait trop qui est à l’origine du doublage en arabe qui a permis à ce navet cinématographique de sortir de l’oubli auquel il était promis. Cette version doublée s’est répandue comme une traînée de poudre via les médias sociaux entraînant les événements que l’on sait. Le groupe Associated Press rapportait mardi que l’énigmatique Sam Bacile s’était identifié lors d’un appel téléphonique comme étant un israélo-américain ayant obtenu 5 millions de dollars de la part de 100 généreux donateurs juifs lui permettant de faire un film visant à dénoncer ce “cancer” qu’est l’islam. Finalement, Sam Bacile n’est pas israélien,son vrai nom serait Nakoula Bassiley Nakoula  et il serait égypto-américain de confession chrétienne. Rien n’est moins sûr quant à l’existence des “généreux donateurs juifs”. Ni même de l’existence d’un film puisque seule la bande-annonce est disponible. Les acteurs qui ont pu être contactés disent qu’ils ont été trompés, ils devaient jouer “les guerriers du désert”. Les dialogues mêmes ne sont pas ceux qu’ils ont prononcés.

Nakoula Bassiley Nakoula devait être interrogé par le FBI en raison de violations possible de sa liberté conditionnelle

Les premières réactions au film.

Les condamnations du côté arabe et/ou musulman ont été unanimes.. Du salafiste pur et dur au musulman non pratiquant voire non croyant en passant par les Coptes, tous condamnent le film. Si beaucoup s’offusquent du contenu même, insupportables à leurs yeux; d’autres mettent plus en avant l’intention haineuse du réalisateur.

On a bien souvent du mal à comprendre en Occident pourquoi les musulmans, même les plus laïques ont du mal à accepter la critique des symboles religieux. C’est sans doute que l’islam et ses prophètes au premier rang desquels Mohammad font partie intégrante de l’identité arabe et au-delà, du monde musulman. Insulter l’identité, c’est insulter l’individu qui s’y reconnait. Toutes les nations ont leurs symboles qu’elles n’apprécient pas forcément de voir piétiner. Je rappelle qu’en France, le blasphème n’est pas punissable mais que l’outrage au drapeau ou à l’hymne national l’est. Très sincèrement, je ne vois pas très bien la différence entre un blasphème et un outrage sauf qu’on a remplacé un sacré par un autre sacré.
J’avais d’ailleurs publié un billet sur ce thème à la suite de l’incendie du siège de Charlie Hebdo qui avait publié des caricatures que nombre de musulmans avaient trouvé offensantes. Dans cet article, j’avais aussi expliqué comment la liberté d’expression pouvait parfois nuire au vivre ensemble. Je crois qu’on se retrouve une nouvelle fois dans ce cas de figure.


Les responsabilités

Responsabilité du réalisateur .
On peut toujours ergoter comme je l’ai vu à longueur de commentaires que ce n’est pas le film qui tue mais bien les hommes et qu’il ne faut pas enfreindre la sacro-sainte liberté d’expression. Il faut arrêter l’hypocrisie. Ce film est volontairement provocateur. Il faut se pencher sur les intentions de l’auteur. L’incitation à la haine entre communautés religieuses est évidente, on cherche la politique du pire. Au delà des réactions immédiates, il y aura bien des débats qui naîtront de cet événement. Il est impressionnant de voir comment l’intrusion d’un acteur privé, juste un seul homme dans la sphère publique en utilisant l’instrument de la liberté d’expression peut chambouler la diplomatie de l’administration américaine. Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec Ben Laden. Là aussi, un groupuscule a fait basculer la politique étrangère américaine en se servant d’armes mis à leur disposition par les USA eux-mêmes. Et on se souvient au lendemain des attaques du 11/09/01; la gueule de bois des Américains se réveillant et découvrant qu’on ne les aimait pas tant que ça. Et aujourd’hui encore, les Américains ne comprennent pas. Après 4 ans d’efforts diplomatiques (discours du Caire, soutiens aux révolutions arabes, intervention en Libye), la haine envers les USA semblent être encore plus grande que lors de la période Bush.
Clinton a parfaitement résumer cette incompréhension “Hillary Clinton s’est interrogée sur les raisons d’un tel drame « dans un pays que nous avons contribué à libérer, dans une ville que nous avons sauvée de la destruction ». “ France 24
Lorsque l’action d’un seul homme met à mal la diplomatie de tout un pays, il y a de quoi se poser de sérieuses questions. Pour l’instant, les Etats-Unis disent qu’ils ne remettront jamais en cause la liberté d’expression totale. Contrairement à la France, il n’y a pas de loi interdisant l’incitation à la haine raciale. Est-ce une position tenable? Je me souviens qu’après les attaques du 11/09, il y a eu de sacrés coups de canifs dans les libertés individuelles qui ont d’ailleurs été dénoncés par les organisations de défense des droits de l’homme.

La responsabilité des manifestants ou de qui que ce soit qui a voulu mettre en avant ce navet est pleine et entière. Ces cris de colère, de haine ont mené aux débordements que l’on sait, des meurtres inexcusables. Mais le plus cocasse, c’est que ceux qui prétendent défendre l’honneur de leur Prophète, le salissent encore plus en exposant au monde entier un film vulgaire qui n’aurait pas mérité plus qu’une centaine de vues sur Youtube.

Le visionnage de quelques scènes de ce film a provoqué chez moi une grande tristesse. La tristesse de voir combien la haine avait pu motiver l’auteur. La diffusion de ce film à grande échelle par ceux-là même qui le dénoncent provoque chez moi de la rage. Oui, on est jaloux de notre religion. Oui, on aime notre Prophète. Mais peut-on s’arrêter un moment et réfléchir à la meilleure stratégie pour répondre à ce genre de provocation? Se poser la question sur la motivation de son auteur. Il veut provoquer, il veut semer la haine. Faut-il contrer ses plans ou ruer dans les brancards parce que là vraiment, il dépasse les bornes? Je l’imagine planquer chez lui, se frottant les mains et se réjouissant parce que son plan a réussi au-delà de toute espérance. Un peu comme Ben Laden qui voulait frapper les tours mais qui ne pensait pas qu’elles s’effondreraient.
Vendredi, dans la mosquée d’Ali Gomaa au 6 Octobre l’imam en charge rappelait que face à la provocation et à l’humiliation; le Prophète, faisait preuve d’une patience exemplaire. Un clair appel au calme dans cette grosse mosquée de la banlieue cairote.

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Une réponse à Le film islamophobe n’était pas un film mais juste une bande-annonce : le film, c’est maintenant.

  1. Eric dit :

    La France étant une république laïque, il serait malvenu qu’un blasphème face parti des outrages nationaux.
    Concernant le « film », j’avoue ne pas avoir réussi à visionner les 15 minutes qu’il dure tellement c’est nul et inintéressant.
    Peut-être que si j’étais musulman j’aurais eu plus de patience…

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