Rencontre avec Rim, Egyptienne moderne, laïque et pro-Morsi

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A 43 ans, Rim est pétillante et dynamique. Mère de trois enfants, elle est aussi cadre dans une grande compagnie internationale. Elle dit être avant tout une Egyptienne. Rim se voile uniquement pour la prière qu’elle respecte scrupuleusement. Elle se définit comme libérale, laïque et “pourtant” pendant presqu’une heure, Rim m’a tenu un discours extrêmement militant en faveur de Son président Mohammed Morsi.

Les Frères Musulmans ne sont pas des inconnus pour Rim, bien que laïque, elle n’en est pas moins croyante et pratiquante. Il y a quelques années, elle a fait le pèlerinage à la Mecque. Voulant accomplir correctement les rituels, elle a décidé de partir avec les Frères Musulmans : une sorte de garantie pour elle d’effectuer le pèlerinage selon les rites prescrits. Elle appréhendait ce voyage réputé pour sa difficulté autant sur le plan physique que pour son exigence spirituelle. Elle craignait les nombreuses restrictions que pourraient imposer les Frères et auxquelles elle n’était pas habituée. “Finalement, c’était terriblement facile, ils ne se sont jamais montré extrémistes, le dernier jour on a même fait une fête pendant laquelle on a chanté. C’était un voyage de rêve”.
De là à voter pour les Frères Musulmans, il y a un pas que Rim n’a pas franchi. Au premier tour, elle a donné sa voix au vieux loup de la diplomatie : Amr Moussa, dont l’électorat s’est massivement reporté sur Shafiq. Dégoûtée par le résultat de l’élection qui plaçait face à face un pur produit de l’ancien régime et un islamiste bien éloigné de son idéal laïc, Rim s’orientait vers le boycott pour le deuxième tour. Elle a beaucoup de respect pour l’armée égyptienne, mais il était hors de question qu’elle vote pour un militaire. Elle ne voulait pas d’avantage voter pour le candidat des Frères Musulmans. Le “voyage de rêve” n’a pas effacé ses craintes de femme moderne et libérale. “J’avais peur qu’on me fasse des réflexions sur ma façon de m’habiller, sur le fait que je vais à la plage, j’avais peur qu’il y a ait une incidence sur l’instruction de mes filles.”

Faisant part de ses craintes à un ami, celui-ci l’invite à rencontrer le candidat Morsi. Ce dernier devait aller à la rencontre d’une quarantaine d’entrepreneurs de la ville du 6 Octobre située à une trentaine de kilomètres du Caire. Une rencontre presque intime loin des meetings de masse qui ont jalonné la campagne électorale “Nous nous sommes rencontrés un jeudi, une dizaine de jours avant le deuxième tour. J’étais avec une amie qui pense comme moi. Elle est gynécologue, elle a fait toutes ses études en France, elle est très attachée à ce pays et à son modèle et était, elle aussi, très méfiante à l’égard des Frères Musulmans. Pour nous, le pays doit être laïc, la religion doit rester en dehors de la politique, d’autant plus qu’il y a des Égyptiens de différentes confessions.” La rencontre commencée à 19.00 se poursuivra jusqu’à 23.00. Rim et son amie assaillent le candidat à la présidence de questions.
Rim est surprise par l’amour que cet homme est capable d’exprimer pour son peuple, pour son pays, mais aussi pour le monde entier. Elle raconte comment l’homme a été bouleversé par son expérience américaine des 1978 à 1985 (1). Il a été impressionné par le fait que tous les citoyens étaient égaux devant la loi et qu’ils respectaient cette loi. Il a également été frappé par cette possibilité qu’avait chaque citoyen d’accéder aux soins. Il fait part de son vœu de reproduire ce modèle en Égypte.

Les gens les accusent d’avoir gagner des voix en distribuant du sucre et de l’huile. En réalité, les Frères Musulmans ont fait bien plus que cela. Ils ont construit des écoles, des hôpitaux. Ce sont les seuls qui se sont souciés de développer leur pays et ils ne se sont pas contentés de payer la zakat (impôt religieux de solidarité correspondant à 2,5% des avoirs disponibles) pour financer leur projet. Ils ont dépensé bien au-delà, parfois jusqu’à 25% de leur revenus”

Rim a aussi posé les questions sur le voile parce que “les gens disent que les Frères Musulmans ne vont pas [les] accepter comme ça”. Elle ne tient pas à porter le foulard et surtout pas sous la contrainte. Morsi a répondu qu’il n’avait pas à imposer quoique ce soit en matière de pratique religieuse alors que Dieu a donné à l’Homme la liberté de choisir. C’est à Dieu de juger les gens.

J’ai surtout été touchée par l’amour qu’il porte à son pays. Je suis sortie du meeting et j’ai voté pour lui et mon amie aussi. J’ai 43 ans et c’est la première fois que je vote. Il nous a profondément émues, touchées, convaincues. Pour défendre Morsi, j’irai jusqu’au bout du monde. Il blague comme un Egyptien. Il est bien éduqué, cultivé, gentil, honnête. Lorsque j’ai su qu’il avait été élu, je suis sortie dans la rue, faire la fête.”

Interrogée sur la crainte des Coptes d’avoir un président islamiste, Rim dit la comprendre, surtout à cause des campagnes de dénigrement menées par les médias d’Etat. Mais, elle ajoute :
Je connais des Chrétiens qui ont voté pour Morsi. Parce que finalement, on a tous les mêmes préoccupations. Je souffre de l’inexistence des services sociaux. Je souffre du mauvais système éducatif qui m’oblige à passer tout mon salaire pour payer l’école des filles (environ 5000 Euros par an et par enfant). Les Coptes ont les mêmes problèmes.
La population égyptienne est très divisée, mais ce n’est pas une division Coptes – Musulmans. En fait, il y a trois groupes : les Musulmans, les Chrétiens et les Egyptiens. Je viens d’une famille très conservatrice et très religieuse du sud de l’Egypte, pourtant j’ai été élevée chez les religieuses chrétiennes. Je me sens avant tout Egyptienne et c’est ce que j’ai aussi senti chez Morsi. : avant d’être un islamiste, c’est un Egyptien”.

(1)Arrivé aux Etats-Unis, en 1978, Mohamed Morsi y effectue un doctorat en ingénierie à l’Université de Caroline du Sud qu’il obtient en 1982. Il restera aux Etats-Unis, jusqu’en 1985 période pendant laquelle il occupera le poste de Maître de Conférences jusqu’en 1985 avant de retourner en Egypte enseigner l’ingéniérie à l’Université de Zagazig. Deux de ses cinq enfants sont nés aux Etats-Unis et sont, de fait, citoyens américains.

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