Présidentielles égyptiennes : les Cinq candidats favoris

FacebookTwitterGoogle+Partager

Il y a des fois comme ça où sa petite actu perso se téléscope avec la grande actu du pays dans lequel on vit. Les élections présidentielles sont un événement capital en Egypte et bien que le premier tour soit passé, je ne pouvais faire l’impasse sur les principaux candidats en lisse.

Mohamed Morsy : le remplacant.

Mohamed Morsi - "Président pour l'Egypte"

C’est le candidat qui portera finalement les couleurs des Frères Musulmans. Khairat el-Shater qui avait initialement annoncé sa candidature a été disqualifié en raison de sa condamnation pour blanchiment d’argent au profit de la confrérie. Emprisonné, il sera libéré peu après la révolution. Il attend d’être réhabilité. Son appel ayant été rejeté, c’est l’actuel président du FJP (Parti Justice et Liberté), coalition formée autour des Frères Musulmans en avril 2011, qui se place au devant de la scène. L’homme dispose d’une expérience politique, il a été parlementaire de 2000 à 2005 sous l’étiquette “indépendant”, la confrérie ayant été déclarée illégale.
Si les jeunes Frères Musulmans ont été aux premières lignes des révolutionnaires dès le 25 janvier, ils y sont allés de leur propre initiative, sans l’aval de la vieille garde. Celle-ci s’était bien gardée de montrer son soutien aux révolutionnaires le 25 janvier, ne faisant vibrer la fibre révolutionnaire que plus tardivement. De même, les négociations entre les responsables Frères Musulmans et Omar Suleiman (tout juste nommé Vice Président par Moubarak) pour tenter de trouver une sortie de crise a été très mal accueillie par les jeunes frères. Les Frères Musulmans n’ont pas apprécié que les petits Frères soient de tous les sit-in, de toutes les manifestations et prennent autant de place dans les médias prenant parfois des positions différentes de celles du Bureau directeur. Ces prises de position des petits Frères en dehors de toutes discussions concertées avec la base ont été jugés inexcusables, pour un mouvement qui a fait de la discipline sa principale ligne de conduite : plusieurs jeunes ont été exclus.
Morsy n’a pas la popularité ou le charisme de Shater, mais mène une vraie campagne coup de poing, comme ces centaines de supporters transformés en support publicitaire humain le long des axes principaux. Le FJP apparaît souvent comme la meilleure alternative parce que c’est la principale force d’opposition et qu’il bénéficie d’une bonne base.

Source plus détaillée
Abdel Moneim Abouel Fotouh : le dissident

Abouel Fottouh -

Curieux parcours que celui de cet homme de presque 60 ans.
Il est le co-fondateur dans le début des années 70 des Jama’a al-Islamiya , un groupe islamiste aux vues plutôt rigoristes. A la fin des années 70, il rejoint les Frères Musulmans entraînant avec lui un bonne partie des Jama’a al-Islamiya. Une autre partie du groupe ne trouvant pas les Frères Musulmans suffisamment conservateurs refuseront de faire allégeance. Ils choisiront des moyens d’actions violents et c’est l’un d’entre eux qui assassinera Sadate en 1981. Non seulement Abouel Fotouh abandonne ses idées rigoristes en entrant dans la confrérie mais il traverse le mouvement de part en part en tentant de le moderniser. Au sein d’un mouvement connu pour sa grande discipline, il fait de plus en plus entendre sa voie dissidente. Il pense que les coptes ou les femmes devraient avoir accès à la fonction présidentielle, il souhaite que la confrérie arrête son mélange d’activités prosélytes et politiques, il se prononce en faveur de la liberté d’expression et de la liberté religieuse. Après avoir été exclu du Bureau de l’organisation fin 2009, il sera exclu de la confrérie en juillet 2011 après avoir décidé de présenter sa candidature aux présidentielles. Par trois fois il a connu les geôles de l’Ancien régime. Il a été un opposant déclaré à Moubarak puis s’est opposé à l’idée que le fils, Gamal, pourrait remplacer le père. En 2005, il a co-fondé le mouvement “Kefaya” (ça suffit!) dont le noyau dur est composé de sécularistes. Il a soutenu, sans réserves, les manifestations depuis le début, alors que les Frères Musulmans attendaient de voir comment les choses allaient tourner. Il s’est violemment opposé au Conseil Suprême des Forces Armées alors que les Frères Musulmans tentaient de trouver un terrain d’entente ce qui a ses yeux était inacceptable. Ses prises de position bien tranchées lui ont valu le soutien de nombreux révolutionnaires qu’ils soient de tendance islamistes (les jeunes frères exclus de la Confrérie) ou même sécularistes. Plus surprenant, il reçoit le soutien des salafistes du groupe Nour privé de candidat après la disqualification de leur champion Abu Ismaël pour cause de mère américaine.
Source plus détaillée

Amr Moussa, ou l’art de faire du neuf avec du vieux

Amr Moussa -

C’est sans aucun doute la première et la dernière candidature de ce vieux loup de la diplomatie de 76 ans. A son avantage, il y a la stature de l’homme, ancien secrétaire général de la ligue arabe, il connaît les rouages du système et cela lui confère incontestablement des allures de président. A son désavantage, il y a le fait qu’il est un ancien du régime. D’où l’exercice difficile pour le bonhomme de se faire passer pour un réformiste pro-révolutionnaire quand on sait qu’il a fait toute sa brillante carrière sous Nasser, Sadate et Moubarak. Cependant, les prises de position qui furent les siennes, notamment en dénonçant le programme nucléaire isréalien, lui ont conféré une certaine aura auprès de l’opinion publique. C’est sans doute cette grande popularité qui a conduit Moubarak a écarté Moussa du gouvernement. Une mise à l’écart dont il use habilement aujourd’hui mettant l’accent sur les différences et les clashes entre lui et le Raïs. Lors d’un débat télévisé, il déclarait que les 10 années pendant lesquelles il avait servi en tant que Ministre des Affaires Etrangères sous Moubarak avaient été les plus pénibles de sa vie. En 2010, il déclarait que ses années au service du gouvernement sous Moubarak avait été un élément positif et qu’il voterait pour le Raïs si celui-ci briguait un sixième mandat.
Face aux mouvements révolutionnaires, ses positions ont été pour le moins ambigues. Le 19 janvier 2011, juste après la chute de Ben Ali, Moussa parlait de la colère des Arabes et du besoin de réformes pour augmenter le niveau de vie. Après le 25/01, il a fait partie du Comité des Sages se placant dans une position de médiateur. Sachant qu’il n’aura jamais le soutien des révolutionnaires, il ne s’est pas évertué outre mesure à faire les louanges de la révolution. D’autant plus qu’une partie importante de la population, effrayée par les conséquences de la révolution, pourrait bien voir dans cet homme, la continuité et donc un retour au calme. Moussa l’a bien compris, plutôt que de dénigrer l’ancien régime, il préfère axer son discours sur des points concrets, la nécessité de réformes économiques, l’éradication de la pauvreté. Une stratégie qui pourrait payer auprès d’un public bien choisi.

Source plus détaillée

Hamdeen Sabbahi, le Che

Hamdeen Sabbahi

Né en 1954 dans une famille rurale du Delta, il gardera des liens forts avec le monde paysan et se tiendra a diverses occasions aux côtés des “fellahin” pour défendre leur droit. En 1997, il se fera emprisonné après une manifestation en leur faveur. Il n’était qu’un enfant pendant la présidence de Nasser, ce dernier devient néanmoins son modèle : Sabbahi est un nassériste. Il a été emprisonné en 1979 accusé d’avoir fomenté les “émeutes du pain”. Cette année là, l’augmentation considérable du prix du pain et d’autres produits de première nécessité avait conduit des centaines de milliers d’Egyptiens à prendre la rue. Les émeutes du pain sont restées dans les mémoires égyptiennes comme étant le plus grand soulèvement populaire jusqu’à celui du 25 janvier. Sabbahi a été par la suite plusieurs fois emprisonné, la dernière fois en 2003 à la suite de manifestation contre la guerre en Irak. Il décide en 1996 de fonder le parti Karama, non reconnu officiellement, il siégera néanmoins au Parlement sous l’étiquette “indépendant” de 2000 à 2010. En 2005, il co-fonde le mouvement “Kefaya” qui s’oppose à la toute puissance moubarakienne et à la possibilité de voir Gamal remplacer son père, comme en Syrie. Le mouvement “Kefaya” est considéré comme un catalyseur ayant conduit au 25 janvier. Notre candidat sera sur Tahrir dès les premiers jours, au front. Il refuse toute compromission avec Conseil Suprême des Forces Armées. Sur le plan des réformes, la plus spectaculaire et populaire est sans doute sa promesse de porter le salaire minimum à 1200 Livres Egyptiennes (150 Euros), soit une augmentation de 60% par rapport au salaire minimum actuel (qui n’est pas respecté, beaucoup gagnant moins). Pour financer cette mesure, il taxera les riches en instaurant un impôt ponctuel de 10% sur tous les revenus dépassant les 50 millions de Livres Égyptiennes (6 millions d’Euros). Sur le plan international, Sabbahi souhaite que l’Egypte retrouve sa position de leader qu’elle avait sous Nasser, il veut renforcer la coopération entre pays arabes pour freiner l’influence américaine dans la région.
Il peut bénéficier du soutien des jeunes socialistes révolutionnaires, le noyau dur des jeunes de Tahrir mais aussi de celui des paysans pour lesquels il s’est battu.

Source plus détaillée

Ahmed Shafiq, le felool

Ahmed Shafiq

La traduction exacte de “felool” est “restes d’une armée en déroute”. C’est ainsi que les Égyptiens qualifient les hommes de l’Ancien Régime qui n’ont pas disparu avec le tourbillon révolutionnaire. Si Amr Moussa peut également être qualifié de felool, sa mise à l’écart de la scène politique égyptienne et sa popularité lui épargne d’être assimilé à l’héritier de l’Ancien Régime. Ce n’est pas le cas pour Shafiq qui a défendu à maintes reprises son mentor, Hosni Moubarak. Ce fils et gendre de ministres est un militaire, reconverti au service de l’Etat où il servira comme ministre pendant des années. Ayant refusé le poste d’ambassadeur d’Egypte en France, il se verra tailler un costume sur mesure en devenant ministre de l’aviation dans un ministère tout juste créé pour lui. Il ne quittera son poste qu’en février 2011 pour devenir le dernier premier ministre appointé par Moubarak. Ce qui est bien avec Shafiq, c’est qu’il n’essaie pas d’endosser les habits du révolutionnaire. Il n’a d’ailleurs jamais qualifié le mouvement populaire de révolution, préférant le qualifier de moyen d’expression. Il poussera même le mépris pour ces jeunes jusqu’à leur proposer des bonbons. Il se rendra également célèbre par une formule destinée à montrer son très grand patriotisme “J’ai fait des guerres, j’ai tué et j’ai été tué”.
Bien qu’étant à l’origine d’un certain nombre de restructurations ayant permis notamment à Egyptair de jouer dans la cour des grands, il n’en traîne pas moins un certain nombre de casseroles. Des accusations graves de corruption pourraient bien plomber sa candidature.
Shafiq est convaincu que toute l’Egypte n’est pas à Tahrir, que beaucoup veulent avant tout retrouver la stabilité, l’ordre, et il a sans aucun doute raison. Son côté calme, froid et ferme séduira sans aucun doute une grande partie des Egyptiens fatigués par un an d’instabilité et d’insécurité.

Source plus détaillée

On notera la très grande qualité des affiches publicitaires, pardon des affiches de campagne qui rend un brin ringard les affiches des candidats français. Dans ce pays qu’on dit en crise, il y a eu une débauche de moyens digne des campagnes électorales à l’américaine qui a mis mal à l’aise la Française que je suis.

Ce contenu a été publié dans #jan25, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>