Quoi ? les Egyptiens, un peuple incapable de révolte?

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C’était aussi le 22 novembre.

@mmabrouk remarque que depuis des années les analystes ont répété que les Egyptiens n’ont pas la révolte en eux, ce n’est pas dans leur nature. Et de conclure : « trouvez-vous un autre boulot »

Son tweet m’inspire.

Les raisons de la colère

Je vis en Egypte depuis plus de 4 ans, connais le pays depuis plus de 15 ans, ce fut mon terrain d’étude pendant mes études. Et depuis des années, je me demandais « combien de temps vont-ils (allons-nous) encore supporter cela? » « Jusqu’où ça ira avant que ça pète »

Le système est dégueulasse, la corruption généralisée, la police toute puissante aime nous écraser, nous humilier. C’est quoi la dictature au quotidien pour le quidam sans histoire, sans engagement politique. Exemple : 8.00 : départ pour le boulot, un énorme bouchon, un de plus dans cette ville totalement engorgée…Accident? Travaux? Non, barrage de flics. Ici ils contrôlent, rackettent les chauffeurs de taxi, de microbus, les petits transporteurs. Parfois il y a juste des barrières sur 3 voies sur 4 une (magnifique) voiture de police et personne n’est là. Engorgement total. Des heures perdues dans des bouchons pour ça : des barrières qu’on rêverait de pouvoir défoncer. Fureur chez tous les automobilistes, l’impression juste de se faire humilier par un système qui veut s’assurer que t’as bien compris qui est le chef, qui commande ici et que toi t’es qu’une sous-merde. Le pire que j’ai vécu, c’était lors des déplacements de Moubarak ou du Premier Ministre ou d’une autre huile. Les routes peuvent être fermées des heures, pas d’itinéraire-bis.

Il y aussi les galères dans les administrations, les pots-de vin à tous les échelons, les achats de terre puis dépossessions par un gros bonnet.

Je lisais dans un article que pour aller plus vite, on devait souvent laisser un petit bakchich. C’est inexact, le bakchich, c’est pas pour que ça aille plus vite, c’est juste pour que ton papier soit fait.

Ca s’est pour tout le monde et pour les plus « chanceux » il y a le séjour en prison, sans raison nécessaire, la torture et parfois la mort en toute impunité. Voir l’histoire de Kaled Saïd

Les flics sont tellement présents partout, dans toutes les rues, sur tous les ronds-points et en tellement grand nombre que ça me fait toujours bizarre quand je rentre en France de pouvoir circuler pendant des jours sans en voir un seul.

Bécassine et les flics égyptiens.

Une fois, j’ai été arrêtée par les flics. C’était de ma faute, un contresens, pas sur l’autoroute comme les autres, juste sur une voie de service. Tout le monde le fait, à tel point que je ne savais pas que c’était interdit. J’ai juste eu pas de chance de me faire prendre.

J’ai voulu payer tout de suite, ils ont refusé. L’un avait l’air plutôt sympa, l’autre me terrifiait. Le sympa est parti. L’autre m’a expliquée que je n’avais qu’une alternative. Soit je « m’arrangeais » avec eux, soit c’était la prison.

Je leur ai filé 100 Livres (12 Euros). J’aurais préféré payer le double pour la prune. Au moment de payer les contraventions de la voiture quelques mois plus tard (on paye toutes les contraventions, même celles qu’on n’a pas commises pour pouvoir renouveler la « carte grise », c’est une sorte d’impôt sur la voiture), on nous a réclamé 1500 LE pour mon infraction : ils m’avaient chargée bien plus lourdement (2 ou 3 infractions)…

C’est la première fois de ma vie où j’ai vraiment eu peur en Égypte, et pourtant j’ai pas mal bourlingué dans tout le pays, même seule.

J’ai appris à mes dépens que les seuls dont il faut vraiment se méfier en Égypte, ce sont les flics. D’autant plus que là, personne ne s’interposera.

Il y a 12 ans, j’ai été agressée sur Tahrir, un jeune con qui me harcelait depuis des jours pour me vendre des trucs et qui devant mon refus persistant s’est mis à m’injurier en me traitant de raciste et tout plein d’autres gentillesses. Tous les hommes au café à coté sont venus, l’ont chopé et l’ont forcé à me présenter des excuses. Jusqu’à ces derniers mois, je me suis toujours sentie en sécurité en Égypte.

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