Le preux chevalier, la charia et nous

FacebookTwitterGoogle+Partager

Il y a quelques jours, je suis tombée de ma chaise en lisant un édito du Point.

« Il y a charia et charia. Et il faut, avant d’entonner le grand air de la régression et de la glaciation, savoir de quoi on parle. Charia, d’abord, n’est pas un gros mot. Comme « djihad » (qui signifie « effort spirituel » et que les islamistes ont fini par traduire en « guerre sainte »), comme « fatwa » (qui veut dire « avis religieux » et où le monde, à cause de l’affaire Rushdie, a pris l’habitude d’entendre « condamnation à mort »), le mot même de charia est l’enjeu d’une guerre sémantique sans merci mais continue de signifier, heureusement, pour la majorité des musulmans, quelque chose d’éminemment respectable. »

Le reste de l’article est du même acabit, je le recommande chaudement.

Les musulmans ne peuvent qu’applaudir ces paroles de sagesse, la justesse du propos est saisissante. Mais ils s’interrogent. Combien de musulmans français se sont époumonés pour tenter d’expliquer la façon dont eux, concevaient la charia ? Ils n’ont jamais eu de chronique dans Le Point, ni ailleurs. Quand, par chance, l’un d’entre eux est enfin audible dans le paysage médiatique et tente de dire « brave gens, n’ayez pas peur, nous ne sommes pas ce que vous croyez que nous sommes » il est alors accusé de double discours. « Il tente de nous amadouer avec ses belles paroles, mais en réalité, il veut islamiser la France, et y faire appliquer la charia ».

Alors que s’est-il passé au Point ? En cette période de lynchage médiatique (affaire Charlie Hebdo, victoire d’Ennahda en Tunisie et commentaires horrifiés en France,…), ont-ils voulu contrer la ligne éditoriale de Charlie Hebdo ? Ont-ils voulu faire un scoop en donnant la parole à l’un de ces dangereux islamistes au double langage ? Ou à l’un de ces islamo-gauchites de la bande à Tévanian ? Qui est donc cet auteur mystère qui va sans conteste devenir le porte-parole des musulmans de France, parce que visiblement, lui, il sait…

Chevalier Ardent, super héros de mon enfance

Mais non, ce n’est pas Chevalier Ardent, mais presque. C’est notre philosophe – intellectuel – preux chevalier des temps modernes national : Bernard Henri Levy. Celui-là même, qui, quelques mois plus tôt, écrivait sur son blog au sujet de la révolution égyptienne (10/02/11) :

« Elles [les chancelleries] doivent résister, ensuite, au lâche soulagement que pourrait leur inspirer un accord entre les Frères et le régime : ce serait le replâtrage de la dictature ; ce serait la mise en selle d’une force dont seuls les irresponsables nous garantissent qu’elle a « mûri » et renoncé à la charia ; et ce serait la répétition, donc, de l’erreur commise, il y a trente ans, en Afghanistan, avec les talibans ; est-ce cela que nous voulons ? »

Deux explications sont possibles à ce grand écart.

1° La charia libyenne est différente de la charia égyptienne. La première est à comprendre dans le même sens que la « majorité des musulmans », à savoir comme « quelque chose d’éminemment respectable ». La charia égyptienne est elle, à comprendre comme les Occidentaux la comprenne à savoir « la lapidation de la femme adultère, comme en Iran, l’amputation des voleurs, comme en Arabie saoudite » (édito du Point)

2° BHL a eu une révélation. Pendant son stage en Libye, alors qu’il bivouaquait avec les rebelles libyens tout en bouffant des shawarma, il a pu faire connaissance avec l’islam et ses préceptes tels qu’ils sont vécus par d’authentiques musulmans et non pas fantasmés par une poignée d’intellectuels de St Germain des Prés. C’est presque la même chose qui arrive à Chevalier Ardent, dans l’album la Dame des Sables, lorsqu’il se fait enseigner la vie du Prophète Mohammed par un moine chrétien très open-minded.

La deuxième explication me plaît, elle est tellement plus romanesque et cadre parfaitement avec notre personnage. Et puis, surtout, elle nous redonne espoir, à nous autres, musulmans de France. Invitons tous nos voisins, nos collègues autour d’un feu de camp, offrons-leur du shawarma et expliquons-leur qu’on n’est pas des méchants, qu’on ne va pas les égorger dans nos baignoires ni islamiser la France et qu’en réalité on serait très heureux de vivre dans cette belle France républicaine et laïque si on nous lâchait un peu la grappe. Peut-être qu’alors le miracle se reproduira, peut-être qu’ils seront touchés par la même illumination que notre philosophe dont le cas semblait, il faut bien se l’avouer, tellement désespéré…

Audrey Pulvar n’a pas dû lire l’édito du Point puisqu’elle déclarait, il y a une dizaine de jours chez Ruquier à propos de la Libye justement « ça va être une charia soft, je sais pas ce que c’est une charia soft ». Quelqu’un est partant pour une shawarma party avec Audrey Pulvar ?

Ce contenu a été publié dans France, Libye, politique extérieure, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Le preux chevalier, la charia et nous

  1. Rachid Zani dit :

    Chiche une shawarma party,j’en suis!

  2. Novinha56 dit :

    Entendu sur France Inter l’autre matin, « La sharia interdit la liberté religieuse ». Il y a des shawarma party qui se perdent…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>