Pays : Egypte, Prénom : Imane, Occupation : Révolutionnaire

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Imane, 37 ans, professeur de français est sur la Place Tahrir depuis le Mardi 25 Janvier, premier jour des manifestations. Elle y retourne tous les jours. Elle y passe même la nuit du mardi 1er au mercredi 2 février. Dans la matinée, néanmoins, elle quitte la place avec la ferme intention d’y revenir. Dix minutes plus tard, de soi-disant « supporters » de Moubarak chargent les manifestants pacifiques, certains montés sur des chevaux ou des chameaux, certains armés de machettes, de glaives, de couteaux, ou d’armes plus rudimentaires. Imane tente, malgré tout, de retourner sur la place, mais elle en est empêchée. Le lendemain, les confrontations recommencent, cette fois, personne ne peut empêcher Imane de rejoindre les manifestants et d’être témoin de ce qu’elle appelle « un massacre ». Deux jours de violences inouïes et le macabre décompte tente de s’établir. Il y a de nombreux morts et près d’un millier de blessés. L’hôpital et la pharmacie de campagne sont devenus indispensables dans la Nouvelle République de Tahrir. Vendredi 4 février, Imane et son groupe d’amis s’assignent une nouvelle mission. Avant de rejoindre la Place, il leur faut acheter des médicaments et du matériel médical de première urgence. Pour augmenter leur chance de réussite, et ne pas éveiller les suspicions ; ils se séparent. C’est donc toute seule qu’Imane va acheter et tenter de faire passer du matériel médical sur la place.

« Voici mon témoignage sur cette journée du 4 février, il me semble important de le transmettre.
J’ai essayé d’acheter les médicaments dont on avait besoin dans plusieurs pharmacies de Dokki et de Mohandessine. Ce fut malheureusement très difficile, je n’achetais qu’un médicament ou un désinfectant dans chaque pharmacie. Au bout de deux ou trois heures, je n’avais pas acheté grand chose, mais j’ai tout de même décidé d’aller sur la Place en passant par le pont Al-Galaa. Un officier a fouillé mon sac, a trouvé les médicaments, et a refusé de me laisser passer. Heureusement, j’ai pu donner tous les médicaments en ma possession à un médecin qui se rendait sur la Place. Mais l’officier a de nouveau refusé de me laisser passer, cette fois, à cause de mon appareil photo.
Alors, j’ai commencé à perdre mon sang froid, je me suis mise un peu à l’écart et j’ai commencé à pleurer. Alors que j’étais assise sur le trottoir, un homme, entre 50 et 60 ans, s’est approché, il a commencé par me calmer, m’a encouragée, m’a demandé de ne jamais perdre espoir. Il m’a dit : « vous êtes le flambeau et, nous, les vieux, nous vous suivons. Vous avez réussi à faire ce que nous avons eu peur de faire durant des décennies. Ne te laisse pas abattre». Quand il a appris que je n’avais pas réussi à me procurer tous les médicaments que je voulais, il m’a accompagnée dans une pharmacie pas loin de la place Veny à Dokki. Il a acheté tous les médicaments de la liste et a insisté pour en payer la totalité : 300 Livres Egyptiennes (38 Euros). Il m’a aussi donné son numéro de téléphone pour que je puisse l’appeler si on avait besoin d’autres choses. Il m’a donné une tape amicale et m’a dit : « Je suis fier de vous, les jeunes ! Si j’étais un peu plus jeune, je ne quitterais jamais la place »

Nouvelle phase délicate : comment faire passer ces médicaments ? Cette fois, j’ai pris le métro à Dokki pour me rendre sur la place Mohammed Farid, de l’autre côté de la place Tahrir. A la sortie de la bouche de métro, deux jeunes ont fouillé mon sac. Ils ont trouvé les médicaments et m’ont emmenée vers un officier de l’armée qui n’a pas voulu me laisser passer. Il avait un bandage sur le front, je lui ai demandé : « Qui a soigné votre blessure ? N’est-ce pas un médecin de la place ? »
Alors, il m’a laissée passer, il m’a dit que je n’étais pas responsable des bagarres. J’ai eu tellement peur que j’ai appelé le beau-frère de Fred (Ahmed est lui aussi sur la place depuis le début). Mais le trajet entre la station de métro et la Place Tahrir était encore long. Dieu m’a envoyé une dame directrice d’école qui a remarqué que j’avais peur. Elle m’a prise par la main, et on a discuté. Je lui ai demandé si elle avait peur, elle m’a répondu en cachant ses larmes que son fils avait perdu un œil sur le pont Kasr el-Nil le vendredi 28 janvier. C’est la raison pour laquelle elle m’a aidée en cachant les médicaments dans ses vêtements, jusqu’à ce qu’on rencontre un médecin qui a remercié Dieu parce qu’ils avaient besoin de ces médicaments de tout urgence. Et là, moi aussi j’ai remercié Dieu et j’ai repris confiance.

Il faut que tout le monde sache qu’il y a des gens qui soutiennent la cause, même s’ils ne sont pas sur la place Tahrir. »

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3 réponses à Pays : Egypte, Prénom : Imane, Occupation : Révolutionnaire

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  2. Nathaly dit :

    Tres emue par ce temoignage. Magnifique cette phrase en conclusion, Imane veut aussi qu’on n’oublie pas que beaucoup d’Egyptiens participent a cette revolution sans forcement etre sur cette grande place Tahir devenue si symbolique. Felicitations et merci pour la creation de ce blog.

  3. Agnes dit :

    Nous soutenons les manifestations pour la paix et la démocratie

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