Les graves accusations et menaces de commentateurs égyptiens envers les Américains

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La lente détérioration des relations américano-égyptiennes (2° partie)

Seulement 16% des Républicains et Démocrates pensent qu’il faut s’investir davantage en Égypte. Obama et son administration ont d’autres priorités dans la région, tel que le nucléaire iranien ou encore le désarmement de la Syrie. Fin Octobre, alors qu’Israël et les États du Golfe reprochent à l’administration américaine de ne pas davantage soutenir l’Égypte dans cette période délicate, Susan Rice déclare “On ne peut pas être accaparé, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 par une seule région, aussi importante fut-elle…Il [Obama] a pensé que c’était le moment de prendre du recul et de réévaluer, de manière critique et sans aucune restriction, la façon de concevoir la région.”

Appliquant la formule bushienne du “ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous être contre nous [cad avec les terroristes]”, beaucoup d’observateurs égyptiens voient dans ce retrait américain le signe clair de la réprobation de Washington face à la destitution de leur protégé, Morsi.

Les rumeurs et les complots.

Les théories du complot ont toujours existé en Egypte. Mais habituellement, c’était sur Israël que courraient les principales rumeurs. On se rappellera ainsi l’épopée des requins croqueurs de touristes envoyés par le Mossad sur les côtes égyptiennes de la Mer Rouge. Depuis quelques temps, les Etats-Unis sont devenus la cible privilégiée des complotistes égyptiens. On avait ainsi vu, dans un article précédent, comment une marionnette très populaire Abla Fahita est accusée d’être une espionne à la solde de la CIA.

Tahani el-Gibali accuse les Américains de soutenir les terroristes égyptiens

Fin août 2013, Tahani el-Gibali, ex-vice-présidente de la Haute Cour Constitutionnelle en Égypte (et première femme à atteindre un tel niveau dans une juridiction), expliquait sur la chaîne publique “La Une” au cours du show TV Bitna el-Kabir, que le monde saurait bientôt les tenants et aboutissants du complot américain visant l’Égypte et qui expliquent pourquoi les États-Unis soutiennent avec tant de véhémence les terroristes Frères Musulmans et s’opposent à leur jugement. Elle a aussi indiqué que le propre frère d’Obama était l’un des architectes du financement de l’organisation internationale des Frères Musulmans.

Tahani al-Gibali lors de l'émission sur "La Une"

Tahani al-Gibali lors de l’émission sur « La Une »

Pour le journal Al-Wafd, Obama est un membre de la confrérie des Frères Musulmans

Quelques jours plus tard, un journal égyptien à grand tirage, al-Wafd, fait sa Une en dépeignant Obama sous les traits de Satan en raison de son soutien à l’opposition syrienne.

Pour Al Wafd : Obama est Satan

Pour Al Wafd : Obama est Satan

Morsi avait ouvertement soutenu l’opposition syrienne et appelé de ses vœux le départ d’Assad. Le régime actuel semble prendre le contre-pied total bien qu’il n’y ait pas eu, à ma  connaissance, de déclaration officielle. En Égypte, les réfugiés syriens d’abord accueillis comme des frères révolutionnaires sont devenus totalement indésirables. Leur vie est devenue un tel enfer que beaucoup de Syriens tentent de quitter clandestinement l’Égypte. Al-Wafd ne se contente pas de faire des dessins de mauvais goût, il titre également en première page sur l’appartenance de Barack “Hussein” Obama à la confrérie des Frères musulmans.

ObamaisMBLe journal prétend que le Président américain a rejoint la mouvance des Frères Musulmans alors qu’il vivait en Indonésie. Obama a effectivement vécu à Jakarta avec sa mère, son beau-père et sa demi-soeur de 1967 à 1971, soit entre l’âge de 6 ans et l’âge de 10 ans. Le demi-frère d’Obama : Malik Obama est, quant à lui, accusé d’appartenir à la nébuleuse al-Qaïda. El-Gibali l’avait accusé d’être le grand architecte du financement des Frères Musulmans mais sans le nommer. Le journal révèle également que le propre fils de Khairat al-Shater, premier adjoint du Guide Suprême des Frères Musulmans emprisonné depuis le 5 juillet 2013, dispose d’informations prouvant les liens très forts existant entre Obama, Morsi et le meurtre du consul américain à Benghazi.

En Égypte, ces informations sont surtout disponibles en arabe, mais on peut les trouver en anglais sur de très nombreux sites conspirationnistes (et anti-Obama), sur des sites islamophobes tels que JihadWatch ou encore des sites syriens pro-Assad.

Si Al-Sissi est tué : « ça sera une révolution pour abattre les Américains dans la rue »

En Égypte, on a franchi en janvier un pas supplémentaire en passant de la théorie du complot aux mesures coercitives qui s’imposaient contre les comploteurs. Mostafa Bakry, éditorialiste, auteur et ex-député habitué des plateaux TV a physiquement menacé les Américains de représailles le 13 janvier dernier. Il s’exprimait lors d’une émission à forte audience sur la TV privée CBC ouvertement pro-armée.

Mostafa Bakry au cours de l'émission sur CBC

Mostafa Bakry au cours de l’émission sur CBC

La vidéo (en arabe sous titrée en anglais) peut être visualisée sur Youtube. Ci-après un résumé/retranscription (en citation) de ses propos.

[Le Qatar et la Turquie ont soutenu (entre autre financièrement) l’Égypte pendant la présidence de Morsi. Morsi renversé, c’est l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis qui sont entrés en jeu.] Mostafa Bakry sait que les Turcs souhaiteraient attaquer les Émirats Arabes Unis, mais qu’Erdogan pense que ce n’est pas le bon moment. Par ailleurs, explique l’éditorialiste, les Américains ne pardonneront jamais aux Saoudiens leur soutien au gouvernement actuel égyptien. D’ailleurs, la réconciliation entre les États-Unis et l’Iran est bien la preuve du mépris affiché par les États-Unis pour les pays du Golfe. Puis Bakry rentre dans le vif du sujet.

“Il y a un complot pour tuer le Général Sissi, et les services de sécurité sont parfaitement au courant. Les acteurs impliqués ne sont pas seulement à l’intérieur mais également à l’extérieur. Ils ont fait la même chose pour Benazir Bhutto. A ce moment-là, la porte pour les nominations [des candidats pour la présidentielle] sera close et les élections se joueront entre deux ou trois candidats.”

Un autre invité l’interrompt en disant que le peuple ne permettra pas une telle chose, qu’il y a aura une révolution, la troisième révolution.

“Cette fois, ça sera une révolution pour abattre les Américains dans la rue. On ne les lâchera pas, personne ne les lâchera. Si le peuple égyptien gronde, nos ennemis seront l’Amérique, Obama et leurs sbires ici [en Égypte]. Que quiconque s’approche de lui [Al-Sissi], que quiconque essaye de toucher au général Al-Sissi, les Égyptiens feront barrage aux traîtres et aux criminels et nous les tuerons dans leur maison. Et ceci est un avertissement pour tous, petits et grands, nous rentrerons dans leur maison et nous les tuerons un par un. Nous ne permettrons jamais qu’un crime soit commis ou que soit commise la moindre tentative d’atteindre l’homme que nous considérons comme le sauveur de ce pays. Et ceci est un avertissement pour Obama et ses insignifiantes marionnettes du groupe terroriste en Égypte. Il faut qu’ils comprennent ce message très clairement.”

Puis vient un grand moment de journalisme lorsque le présentateur demande “Je ne vous interrogerai sur la source de vos informations… Mais êtes-vous sûr de cela?”

Mostafa Bakry confirme qu’il en est sûr à 100%. Un autre invité abonde dans son sens.

“ Il y a un complot sophistiqué et déjà prêt pour tuer le général Al-Sissi afin qu’il ne devienne pas président parce qu’ils croient qu’il deviendra un nouveau Nasser. Obama a perdu et prend cette défaite pour une défaite personnelle. Obama a perdu et le nouveau projet pour le Moyen Orient est arrêté. Les pays arabes sont plutôt en sécurité maintenant.”

Bakry est sur le point de mentionner un chercheur quand il est interrompu par le présentateur.

Journaliste : Et que vont-ils faire des 30 millions qui sont sortis [dans les rues le 30 juin]? Et les millions qui descendront demain et après demain?

« Non. Nous aurons 90 millions bombes à retardement. [plus menaçant que jamais] Si quelque chose arrive au Général Al-Sissi, il n’y aura plus un seul Américain sur la surface de la Terre, ni ici, ni à l’étranger, on ne restera pas silencieux. Et Obama en portera la responsabilité personnellement. Et  nous tuerons les criminels et les traîtres dans leur maison. [...] Est-ce que vous croyez qu’ils vont nous intimider et nous terroriser? On va aller les chercher par la peau du cou, un par un. Ils croient qu’ils peuvent intimider et terroriser les gens? Non, c’est bien plus simple que ça. C’est une bataille, nous allons nous battre et nous tuerons ou nous serons tués mais on ne permettra pas au chaos de se répandre dans ce pays. Allons-nous laisser la clique d’un traître fantoche détestable et corrompu contrôler la destinée de ce pays? Allons-nous laisser les voyous qu’ils ont embauché devenir des instruments pour menacer la sécurité et la stabilité de ce pays? Ceci est un message pour tous ceux qui sont concernés, grands ou petits. Vous êtes encerclés par 90 millions d’Égyptiens. [...] laissons-les se retirer et montrer un peu de respect pour eux-mêmes ou alors la colère du peuple égyptien sera immense. S’ils s’imaginent qu’ils peuvent exécuter leur plan, et vivre tranquillement chez eux, je jure par Dieu, que nous les ramènerons de chez eux. Aucun Egyptien ne restera silencieux à un quelconque affront fait à un homme fort, respectable et patriote, il pourrait sauver le pays. Non, Al-Sissi, on l’a dans la peau, non pas parce que c’est un personnage ou qu’on l’aime, non, mais parce qu’il est une valeur nationale, il a triomphé pour le pays et parce qu’il a repris l’Égypte à ceux qui l’avaient kidnappé et qui n’ont ni patriotisme, ni loyauté, ni religion…On ne se taira pas.”

Face au tollé provoqué par ces déclarations, l’homme a dû revenir sur ses propos en disant “je suis opposé à toute forme de violence, y compris la violence à l’encontre des Américains dans la rue”. “Mon intention était de mettre en lumière l’indépendance égyptienne, et notre refus affirmé de n’autoriser aucun acteur extérieur, fut-il les États-Unis ou tout autre acteur, à interférer dans les affaires égyptiennes.”

A noter que l’article de The Guardian d’où est tiré la citation ci-dessus se termine en précisant que les vues de ce monsieur ne reflète pas les pensées du peuple égyptien qui ne pense qu’à une chose : c’est que les touristes reviennent. C’est sans doute vrai pour les professionnels du tourisme et ceux qui en dépendent, mais le sentiment anti-américain est sans doute le sentiment le mieux partagé en Egypte (y compris chez les sympathisants des Frères Musulmans) et Bakry savait qu’il saurait trouver une oreille attentive, voire déjà acquise. Les événements récents, comme le lynchage de journalistes montrent l’inquiétante dérive causée par la xénophobie des médias et de ceux qui les animent.

Le Middle East Monitor dans un article faisant  référence à la Une accusatrice du Wafd, prend le contre-pied des thèses conspirationnistes en vogue en Égypte. L’article dit que l’administration américaine si elle n’a pas activement soutenu, a été très satisfaite de le destitution de Morsi par les militaires, qu’elle se refuse d’appeler “coup d’État”. Elle a ensuite montré bien peu d’hésitation à accepter le nouvel homme fort. Par ailleurs, les pays alliés aux États-Unis, Arabie Saoudite et Émirats Arabes Unis se sont précipités pour soutenir le nouveau régime. “Usant de l’argument israélien, les politiciens américains ont déclaré que le facteur le plus important dans la crise égyptienne n’est pas la restauration de la démocratie, ni le retour du premier président légitimement élu, ni des élections libres et transparentes, mais la stabilité de Égypte assuré par l’armée.”

A la recherche des sources de Bakry

Revenons un instant sur le cas Bakry. Il est bien dommage que l’individu n’ait pas pu parler du chercheur qui avait sans doute fait de très intéressantes recherches. Il est également regrettable que le présentateur, se soit auto-censuré et ne l’ai pas questionné sur ses sources. En tapotant quelques mots clés sur un complot contre Sissi dans Google, je suis rapidement tombée sur un site islamophobe “Bare Naked Islam” ou “l’Islam mis à nu” dont la teneur de l’article semblait bien correspondre aux propos de Bakry. Mais le site n’est pas la source, il pointe vers deux autres liens, d’abord vers egyoffline.com qui proposent à ces lecteurs une traduction arabe (à partir du russe) puis vers un site perso, celui d’ Eman Nabih qui se présente comme une experte du marketing internet et des médias sociaux et qui propose une traduction anglaise à partir de l’arabe publié sur Egyoffline. L’article d’egyoffline a été posté le 30 octobre, la traduction anglaise le 13 novembre.

Dans la version anglaise d’Eman Nabih, on retrouve les mêmes arguments que ceux fournis par Bakry. Dès le chapeau de l’article, on apprend que l’origine de la fuite vient de Russie. “Récemment, les Russes ont divulgué un rapport confidentiel au sujet du plan du Régime Obama pour que les militaires égyptiens soient impliqués dans une guerre civile et sur la nécessité de renverser le très populaire général qui a déposé le Président Mohammed Morsi, le Général Abd Elfatah al Sissi, actuellement ministre de la défense avant qu’il ne devienne le nouveau Nasser.” En fait, il s’agit d’un rapport américain divulgué par les services secrets russes. “Le rapport divulgué par les Russes commence par “Si les Égyptiens n’ont pas de raison de s’entretuer, nous devons leur en trouver une…”

Dans les deux articles en anglais et en arabe, il y a une longue description de ce que contient le fameux rapport de 1736 pages diffusé par les services secrets russes mais à aucun moment, les auteurs ne s’encombrent de la publication d’un lien vers le rapport américain en anglais ni même vers un article en russe, puisque la version arabe serait une traduction du russe…

Internet offre un cadre ultra-privilégié dans lequel s’épanouissent de nombreuses théories du complot. La plupart d’entre elles restent relativement confidentielles, d’autres prennent plus d’ampleur, comme celle entourant les attentats du 11/09. Cependant, j’ai rarement vu une théorie aussi obscure prendre une place si prédominante dans les médias officiels égyptiens qui touchent un public allant bien au-delà des frontières. Et lorsque ces théories sont accompagnées de menaces de mort on ne peut plus précises et ciblées, on peut sérieusement s’inquiéter pour la sécurité physique des étrangers (ou perçus comme tels) en Égypte. Ce type de déclaration tombe sous le coup de la loi (y compris en Égypte) et si aucun citoyen ne dépose plainte auprès du procureur général, ce dernier devrait lui-même saisir la justice pour incitation au crime. Mostapha Bakry avait, de son côté, porté pas moins de 40 plaintes contre des activistes pour insultes et menaces de mort à son endroit sur les médias sociaux.

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La lente détérioration des relations américano-égyptiennes (1° partie)

Mi-janvier, un ex-parlementaire et journaliste égyptien se lançait sur une chaîne de grande écoute, dans une diatribe extrêmement violente dans laquelle il accusait les États-Unis de fomenter un complot pour assassiner le Général Al-Sissi. S’en suivait une série de menaces très claire. Ces déclarations interviennent dans un contexte égyptien très anti-américain. Je souhaitais donc faire un article sur les déclarations de ce monsieur, mais il me semblait qu’il n’était pas possible de rentrer dans le vif du sujet sans rappeler l’historique (récent) des relations américano-égyptiennes au cours de ces trois dernières années.

Très bref rappel des relations avant le 25/01/2011.

La politique de non-alignement de Nasser, son rapprochement avec l’URSS et l’implication de l’Égypte dans les guerres israélo-arabes, notamment la guerre des 6 jours en 1967 créent et entretiennent une rupture durable dans les relations américano-égyptiennes. Sadate soucieux de laver l’affront de 1967, mènera l’attaque surprise de la guerre du Kippour en Octobre 1973. Cette guerre célébrée comme une victoire totale en Égypte cause un profond traumatisme en Israël et provoque d’ailleurs une crise politique. Dès lors, Sadate se trouve dans une position bien plus forte pour négocier et il s’efforcera de normaliser ses relations avec son voisin israélien : discours à la Knesset en 1977 et surtout accords de camp David en 1978 et accord de paix avec Israël en 1979. En échange de la paix avec Israël, l’Égypte récupère le Sinaï et les États-Unis s’engagent à fournir une aide militaire à l’Égypte. Ainsi, à partir de 1979, l’Égypte reçoit 1,3 milliards de dollars de subsides en aide militaire ainsi que plusieurs centaines de millions de dollars en aide pour le développement, la démocratie… Cette assistance financière fait de l’Égypte le deuxième pays le plus aidé au monde par les États-Unis, le premier étant Israël qui reçoit depuis 1985, 3 milliards de dollars chaque année.

Réactions américaines pendant le soulèvement populaire du 25/01

Avant l’embrasement de la Tunisie, on sentait l’Égypte plutôt fataliste. Les manifestations qui pouvaient sporadiquement se produire étaient strictement encadrées, voire réprimées. Pourtant, le sentiment d’injustice, le ras-le-bol étaient bien présents. Mais, à quoi bon, l’Égypte était soutenue par les États-Unis qui n’y autoriseraient aucun remous. A la frontière israélienne, l’Égypte était consciente de son poids stratégique mais aussi de sa relative faiblesse politique. Avec les manifestations massives du 25 janvier 2011, les Égyptiens brisent un plafond de verre, ils n’ont plus peur ni de Moubarak, ni des Américains. Ils sont déterminés à mener leur révolution en dépit du soutien réel ou perçu des États-Unis au régime. Il faut dire que les signaux envoyés par les USA pendant les 18 jours de soulèvement sont quelque peu brouillés. En résumé, ils demandent une vraie transition, menée de façon ordonnée et pacifique tout en espérant que cela puisse se faire en maintenant Moubarak à la tête du pays. Solution inenvisageable pour ceux qui tiennent la place Tahrir, Moubarak doit partir, quoiqu’en pensent les Américains. Quand Moubarak est contraint à la démission, Obama se déclare fier d’être le témoin de l’Histoire en marche.

Les relations égypto-américaines pendant la période transitoire du Conseil Suprême des Forces Armées

Pendant la période transitoire qui suit, les relations avec les USA sont houleuses. Les autorités égyptiennes accusent les États-Unis de soutenir à coup de valises de billets les activistes qui ne cessent de manifester leur opposition. Plusieurs ONG de défense des droits de l’homme sont perquisitionnées, leurs employés (y compris américains) emprisonnés. Les médias jouent également un rôle essentiel pour développer ce sentiment anti-américain critiquant vigoureusement l’ambassadeur des USA en Égypte, Anne Patterson, accusée de vouloir trop interférer dans les affaires intérieures du pays. Pendant la période de Moubarak, Israël était responsable de tous les maux. Alors que le Raïs avait de bonnes relations avec l’État hébreu, il laissait la colère des Égyptiens sporadiquement s’exprimer contre le voisin : une façon de détourner l’attention du peuple de ses propres problèmes et de la recherche des vrais responsables. Après la chute de Moubarak, les USA prennent la place d’Israël et sont vilipendés par à peu près tous les courants politiques. Pour, le chercheur Michael Wahid Hanna “les demandes pour la dignité qui faisaient partie des mouvements de protestation impliquaient également ce que beaucoup considèrent comme une dépendance indigne de l’Égypte aux États-Unis”. Ceci étant dit, les tensions entre les deux pays, n’ont à aucun moment gêné leur coopération, notamment autour des questions de défense.

Les relations américano-égyptiennes pendant la présidence de Morsi

Avec l’arrivée d’un président islamiste aux commandes, certains commentateurs se posent des questions. Risque-t-on d’assister à l’émergence d’un nouvel État islamiste très indépendant comme à Téhéran? Faut-il craindre pour la sécurité d’Israël. Et en se posant ces questions, on regarde vers Washington. Mais les États-Unis n’ont que faire de la couleur du président en Égypte, tant que celui-ci se conforme aux règles libérales de l’économie de marché et ne menace pas Israël. Ainsi, les États-Unis s’accommodent très bien des monarchies totalitaires et extrémistes du Golfe tant que celles-ci ne remettent pas en cause l’ordre mondial. Ceci se résume par la formule de ce diplomate américain “nous ne jugerons pas par les mots, mais par les actions”. Les États-Unis entrent dans une phase de “Wait and See” “Attendons de voir”.

Les USA n’ont pas été particulièrement tendres avec Morsi. Il faut dire qu’à peine deux mois après son élection, des manifestations anti-américaines éclatent au Caire (en raison de la diffusion sur Youtube d’une bande-annonce d’un film injurieux sur le Prophète). Ces manifestations ont finalement très peu d’ampleur, elles rassemblent d’un côté une poignée (quelques petites centaines) d’islamistes et autres citoyens plutôt pacifiques dénonçant le film et d’un autre côté des jeunes ravis d’avoir une occasion d’en découdre avec la police. C’est ce dernier groupe, encore moins nombreux que les précédents, mais bien plus violents qui réussit, avec une facilité déconcertante à prendre d’assaut l’ambassade américaine (qu’on appelle la forteresse américaine en raison de la très forte présence policière qui la protège) et à y planter le drapeau noir avec l’inscription de la shahada “Il n’y a de Dieu que Dieu et Mohammed est son prophète”. Les Américains n’apprécient cette faille sécuritaire. Obama est fâché “Je ne pense pas que je considère l’Égypte comme étant un allié, mais nous ne les considérons pas non plus comme des ennemis… Je pense qu’il y a encore du chemin à parcourir, mais dans cette situation, ce à quoi nous nous attendons, c’est qu’ils soient réactifs à notre insistance afin que notre ambassade soit protégée, à ce que notre personnel soit protégé”. Il faut aussi rappeler que la veille, le consul américain avait été tué à Benghazi.

Les relations américano-égyptiennes se réchauffent suite au cessez-le feu obtenu par Morsi entre Palestiniens de Gaza et Israéliens. L’Égypte donne alors l’illusion de pouvoir reprendre une place régionale majeure. Mais galvanisé par ce succès international, Morsi promulgue son fameux décret constitutionnel lui accordant des pouvoirs étendus et qui marquera une rupture entre Morsi et les activistes qui avaient voté pour lui (contre Shafiq).

Consciente que Morsi perdait du terrain, l’administration Obama ne sait plus trop sur quel pied danser. Elle semble être particulièrement inquiète des risques d’effondrement économique et politique du pays et lance plusieurs appels vers Morsi afin qu’il tienne d’avantage compte des voix de l’opposition. Côté égyptien, la non-condamnation ferme de la gouvernance de Morsi équivaut à son soutien et lorsque Patterson, exprime mi-juin 2013 son scepticisme sur le fait que “l’action de la rue puisse produire de meilleurs effets que les élections”, elle déchaîne des torrents de critiques. Ce qui a fait dire, très justement, à un officiel américain “peu importe ce que le gouvernement américain fait ou ne fait pas, il sera toujours la cible de la colère des Égyptiens”. Toujours est-il qu’il n’en faut pas plus à l’opposition égyptienne pour accuser Patterson et avec elle l’ensemble de l’administration Obama de soutenir Morsi et de s’opposer ainsi aux gigantesques manifestations qui s’annoncent pour le 30 juin suivant. Lorsque par millions, les Égyptiens descendent dans la rue, ils n’expriment pas seulement leur hostilité envers Morsi mais également contre ses supposés soutiens américains.

Lors de la manifestation du 30/06 contre Morsi

Lors de la manifestation du 30/06 contre Morsi. Crédit Photo

 

La destitution de Morsi et la reprise en main par l’armée.

Suite à l’éviction du président Morsi par l’armée, les signaux venant des États-Unis sont encore plus confus. D’autant plus que l’administration Obama (et Patterson) doit faire face à la fronde de membres du Congrès et du Sénat les accusant d’avoir aveuglément soutenu Morsi en dépit de ses choix politiques désastreux. Il leur est surtout reproché de ne pas s’être d’avantage engagé au côté des manifestants et d’avoir préféré maintenir un certain statu quo.

Le 3 juillet, on semble assister à un revirement de l’administration américaine puisque le département d’État déclare par la voix de sa porte-parole que le président égyptien, dans son allocution de la veille n’a pas été assez loin dans les propositions faites à l’opposition. “Il faut qu’il en fasse plus”. Mais quelques heures plus tard, après que Morsi a été arrêté, Obama fait un communiqué dans lequel il déclare que les militaires doivent relâcher Morsi et les Frères Musulmans et que les États-Unis vont revoir l’aide militaire accordée à l’Égypte depuis les accords de Camp David en 1979. “Je demande maintenant aux militaires égyptiens d’agir rapidement et de façon responsable, de rendre la pleine autorité à un gouvernement civil démocratiquement élu le plus vite possible à travers un processus inclusif et transparent, et d’éviter les arrestations arbitraires du président Morsi et de ses partisans. Compte tenu des événements d’aujourd’hui, j’ai également ordonné aux départements et agences concernées de revoir les implications au regard du droit des États-Unis concernant notre aide au gouvernement égyptien”.

Au regard du droit américain, aucune aide ne peut être apportée à des militaires qui sont à l’origine d’un coup d’État. La question est donc de savoir s’il y a eu un coup d’État en Égypte. Pour les Égyptiens qui ont appelé au départ de Morsi, la question est ultra sensible : il est hors de question, pour eux, de qualifier la destitution de Morsi par l’armée de coup d’État. L’armée a écouté le peuple qui lui a donné mandat pour intervenir. Que cela se soit passé en dehors de toute cadre institutionnel, et soit donc illégal (ce qui qualifie un coup d’État) n’empêche pas les réactions épidermiques dès que le sujet est abordé. On imagine que les mêmes discussions ont lieu Outre-Atlantique, mais finalement, les États-Unis font preuve de pragmatisme. Leur inquiétude est avant tout la sécurité de la frontière sud d’Israël. Et pour protéger Israël, il faut continuer à payer l’Égypte. Au prix de quelques contorsions, l’administration américaine décide fin juillet, qu’il n’y a pas eu de coup d’État en Égypte et que l’aide va pouvoir continuer à affluer. Les sénateurs et députés ont été mis devant le fait accompli et certains ont même suggéré d’assouplir la loi empêchant d’aider les pays en situation similaire. D’autres législateurs, par contre, tel John McCain, considèrent qu’il s’agit bien d’un coup d’État et réclament que la loi soit appliquée. Réitérant ses propos début août lors d’un déplacement en Égypte, le sénateur républicain se fait rétorquer par un officiel égyptien que ses propos “maladroits “ sont “inacceptables”. Une semaine auparavant, le secrétaire d’État, John Kerry, avait déclaré que l’armée avait restitué la démocratie à la demande de millions d’Égyptiens.

La sanglante expulsion des sit-in de Rabaa et d’al-Nahda le 14 août 2013 a revigoré le camp de Mc Cain outre Atlantique. Obama se voit de nouveau reprocher de ne pas avoir interrompu l’aide américaine à l’Égypte. De son côté, Obama ne peut que condamner le bain de sang et en signe de réprobation annule un exercice d’entraînement militaire conjoint.

En novembre 2013, plusieurs articles expliquent que les déclarations contradictoires au sommet de l’État américain au sujet de l’Égypte sont la résultante de différences de vue entre le secrétariat d’État incarné par John Kerry, et la Maison Blanche, en particulier Susan Rice. Dans un excellent article publié dans le Daily Beast, cette querelle est longuement expliquée. Tandis que Kerry en visite surprise au Caire se réjouit de voir l’Égypte sur le chemin de la démocratie, sans même mentionner l’ouverture du procès de Morsi pour meurtre qui a lieu le même jour, Rice déclare une semaine plus tard, que l’administration soutient les efforts de l’Égypte vers la démocratie mais a des inquiétudes sur le déroulement des événements. Elle rappelle notamment avoir un problème avec la façon dont l’évacuation des places a été menée. Enfin, elle insiste sur la nécessité d’arriver à un processus démocratique inclusif (avec toutes les forces politiques du pays y compris les Frères Musulmans), alors que ceux-ci font encore l’objet d’arrestations massives et sont privés de toute possibilité d’expression. Pour l’auteur de l’article du Daily Beast Obama est persuadé qu’il n’y a pas d’avenir pour les régimes autoritaires au Proche Orient et que la route prise par l’Égypte est par conséquent préoccupante pour la stabilité du pays et de la région à moyen terme. Il semble donc que Kerry et le département d’État soient plus pragmatique et pensent qu’il faut traiter avec le régime en place tant que celui-ci ne menace pas les intérêts américains (et israéliens). D’autant plus que le département d’État a une bonne connaissance des militaires en Égypte avec lesquels il traite depuis plus de 30 ans.

A suivre…

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Une marionnette égyptienne menacée de prison pour terrorisme

La nouvelle a fait sensation. Abla Fahita, l’une des plus célèbres marionnettes en Égypte serait sur le point d’être arrêtée pour avoir tenté de faire passer un message secret aux partisans du Président déchu Morsi lors d’une publicité pour le plus grand opérateur de téléphonie mobile en Égypte. Ce n’est pas une blague. Retour sur les faits.

Abla Fahita et sa fille Karkoura

Abla Fahita et sa fille Karkoura. Source : Abla Fatiha homepage sur CBC

Dans une publicité pour l’opérateur Vodafone, la célébrissime marionnette Abla Fahita répond au téléphone et débite pendant plus de deux minutes des banalités dans un sabir un peu vieillot et pas toujours très compréhensible. Sa fille, Karkoura cherche la carte SIM du vieux téléphone de son défunt père.

La publicité annonce un nouveau service de Vodafone, permettant aux usagers de réactiver une ancienne carte SIM. Rien de bien méchant. Mais c’était sans compter sur la sagacité d’une jeune chanteur reconverti en expert de la franc-maçonnerie et de l’espionnage, Ahmed Spider qui se déclare ouvertement pro-armée et pro-Moubarak. Ce dernier explique donc que le clip est un moyen pour les leaders des Frères Musulmans d’envoyer des messages codés à ses membres dont des messages à propos d’attaques terroristes. Ces messages subliminaux que seul un membre de la confrérie est capable de comprendre, il a pu les décoder. Il a déposé une plainte auprès du procureur général. Le jeune homme n’en ai pas à son coup d’essai et ses élucubrations déclenchent des vagues d’hilarité et de sarcasme en Égypte. Mais cette fois, le procureur général a renvoyé le cas à la sécurité pour enquête. Dans un communiqué le procureur général a déclaré que le spot publicitaire utilisait des codes et des expressions peu communes dans la publicité. Les représentants de la compagnie ont été sommés de venir s’expliquer au tribunal.

Ahmed Spider en 2009

Ahmed Spider en 2009 Photo trouvée ici

Au cours d’une émission sur Tahrir TV, Spider a déchiffré le message codé de la pub en direct. Chaque phrase est interprétée ainsi que les éléments du décor très sommaire. Ainsi, ce n’est pas un traditionnel sapin qui fait office d’arbre de Noël mais un cactus qui représente la violence. La violence est encore plus visible dans la boule de Noël pendouillante à une des branches et qui ressemblent étrangement à une bombe. Par ailleurs, le cactus a 4 branches, comme les 4 doigts de la main tendus, le symbole de ralliement des pro-Morsi. “Mama Toutou”, l’amie de Fahita, fait directement référence aux Frères Musulmans. Et quand Fahita parle des souffrances de Mama Toutou dont les fausses dents gèlent à cause du froid; pour Spider, ça ne fait aucun doute, on parle bien des avoirs gelés des Frères Musulmans.

Face aux accusations [Youtube en arabe] d’Ahmed Spider, la chaine CBC a enfin donné à la principale intéressée, Fahita, la possibilité de répondre [Youtube en arabe]. Elle a ainsi pu démentir en direct toute implication avec les Frères Musulmans et rappeler au jeune chanteur qu’elle était juste une marionnette. Las, Spider, imperturbable, a promis de l’envoyer en prison.

Le phénomène a occupé les chaînes de TV pendant un bon moment comme le témoigne cette autre émission sur “Misr Moubasher” [Direct Egypte] où la journaliste et son invité, qui a l’air bien plus sérieux qu’Ahmed Spider, analyse séquence par séquence le message caché de la publicité.

Les trois chaînes citées, Tahrir, CBC, et Misr Mubasher ne sont pas d’obscures petites chaînes privées, elles font partie des principales chaînes du paysage audiovisuel égyptien.

Ce n’est pas la première fois que la marionnette est ainsi accusée. La marque de glace Dolce avait utilisé la star de chiffon dans sa dernière pub pour un cornet glacé, « Bomba Ice cream ». Lorsque peu après, un attentat à la bombe a eu lieu dans le Sinaï, un autre grand spécialiste en messages cachés, a tout de suite fait le lien entre la pub et l’attentat et se demandait très sérieusement si Abla Fahita n’était pas un agent étranger. Un site web de news « Egypte du 30 juin » allait encore plus loin en se demandant si la marionnette n’était pas un agent du Mossad ou de la CIA envoyé avec des messages cryptés des services secrets israéliens au coeur de la société égyptienne de manière à créer le chaos. (Source : Zeinobia)

A côté des hashtag réclamant la liberté pour Alaa Abdel Fattah ou Ahmed Maher #FreeAlaa #FreeMaher, on a vu naître un nouveau hashtag #FreeFahita et une dénonciation de l’acharnement du pouvoir contre toutes “les jolies veuves [qui] sont toujours les victimes”. On s’inquiète également qu’une si gentille marionnette puisse être soumise aux pires tortures perpétrés par les services de sécurité pour lui soutirer des informations.

Fahita sous la torture

Fahita sous la torture. Photo trouvée ici

On peut, plus sérieusement, s’interroger sur la raison de toute cette mascarade grotesque. Il y aurait sans doute une volonté de faire payer Vodafone pour ses actions antérieures. Avant le départ de Moubarak en février 2011, la compagnie avait lancé une autre campagne de pub dont le slogan était “le pouvoir est entre vos mains”. Un autre artiste, Amr Mostafa, avait dénoncé ce qu’il voyait comme une injonction de la compagnie britannique faite aux Egyptiens afin qu’ils manifestent leur hostilité contre leur président et afin de le renverser. Cet acharnement contre Vodaphone pourrait aussi s’expliquer par la volonté de certains patrons TV de faire pression sur l’opérateur afin qu’il sponsorise leurs chaînes.

Principales sources :

Madamasr

Ahram

Egyptian Chronicles (Zeinobia)

Paper-bird

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Attentat de Mansoura : les Frères Musulmans déclarés « groupe terroriste »

Jusque là, les attentats en Égypte étaient cantonnés à des attaques ciblées contre des policiers dans le nord du Sinaï. La zone n’est pas sécurisée et abrite, semble-t-il, des groupes djihadistes recrutant bien au-delà des frontières égyptiennes. Les détracteurs des Frères Musulmans accusent Morsi, au mieux d’avoir laissé s’implanter ces groupes dans le Sinaï, au pire de les soutenir. En septembre 2013, un djihadiste égyptien, reconverti à la non-violence, et foncièrement anti-Morsi, avait accusé les frères Musulmans d’avoir soutenu financièrement le groupe djihadiste Ansar Bait al-Maqdis. Cependant, officiellement, aucun lien organique de lie la confrérie au mouvement djihadiste. Par ailleurs, ces groupes étaient déjà présents bien avant l’arrivée de Morsi au pouvoir et seraient responsables de nombreux attentats visant les gazoducs convoyant le gaz égyptien vers Israël. Les premières attaques de gazoducs remontent à février 2011, la dernière en date a eu lieu le premier janvier de cette année.

L’attentat de Mansoura est donc un choc pour les Égyptiens puisqu’il frappe dans cette région très peuplée du Delta. L’explosion d’une voiture piégée devant les locaux de la police égyptienne dans la nuit du 23 au 24 décembre a fait 15 morts et plus d’une centaine de blessés.

Attentat à la voiture piégée à Mansoura. Photo AFP/Mahmoud Khaled

Attentat à la voiture piégée à Mansoura. Photo AFP/Mahmoud Khaled

Bien que l’attentat n’ait pas été tout de suite revendiqué, le gouvernement a immédiatement fait porter la responsabilité aux Frères Musulmans. Les avoirs de plus d’une centaine d’ONG islamistes, dont beaucoup appartenant au Frères, ayant été gelés le lundi précédent, l’accusation du gouvernement a semblé logique à beaucoup. Il aurait donc fallu quelques heures aux Frères Musulmans pour se venger et mettre sur pied cet attentat. Les Frères Musulmans nient en être les auteurs attaque tandis que certains de leurs supporters croient y voir la main de Naguib Sawiris et de ses milices chrétiennes. Le mardi, quelques heures après les attentats imputés aux Frères et les premières accusations du gouvernement, des habitants de Mansoura ont saccagé une propriété appartenant à un membre de la Confrérie.

Le 25 décembre, l’organisation des Frères Musulmans est officiellement reconnue “organisation terroriste” par l’État égyptien alors que le même jour, le groupe djihadiste Ansar Bait al-Maqdis, revendique l’attentat de Mansoura. Le groupe, actif dans le Sinaï depuis février 2011 a déjà revendiqué plusieurs attaques de pipelines et attaques contre les forces de l’ordre égyptiennes ou israéliennes. Visiblement, très vexé que le gouvernement fasse endosser la paternité de l’attentat aux Frères Musulmans, le groupe Ansar Bait al-Maqdis poste sur Youtube une nouvelle vidéo (supprimée depuis) revendiquant une nouvelle fois l’attentat de Mansoura.

Pour aller plus loin, à lire sur Orient XXI l’excellent article d’Azmi Bishara : Égypte, le prix de la guerre contre le terrorisme. Que cache la criminalisation des Frères Musulmans?

L’auteur revient sur la chasse aux sorcières contre les Frères Musulmans et leurs alliés supposés à laquelle se livre les services de sécurité et les médias. Un climat aux relents “néo-fascistes et anti-islamistes” s’est abattu sur l’Égypte. Tous ceux prônant la réconciliation nationale avec les Frères ou même leur simple opposition au gouvernement en place peuvent, au regard des lois anti-terroristes liberticides, s’exposer à des emprisonnements arbitraires et à des procès d’exception.

La conclusion est sans appel :

“Finalement, l’incrimination des Frères par le gouvernement semble avoir mis un terme aux efforts déployés dans les cercles arabes depuis vingt années pour réconcilier les courants islamiques et séculiers. Elle conduira aussi, sans aucun doute, beaucoup d’Égyptiens à passer dans la clandestinité, ce qui peut en orienter certains vers l’extrémisme et le recours à la violence après qu’ils ont été privés de leurs droits à s’exprimer pacifiquement. Puisque le prix à payer pour un activisme non violent est la mort ou la condamnation à une longue peine de prison, l’État, qui a désigné comme terroristes un bon nombre de ses propres citoyens les pousse en réalité à le devenir, dans une bizarre prophétie auto-réalisatrice.”

Cela n’est pas sans nous rappeler une autre prophétie auto-réalisatrice. Lorsque après le 11/09/2001, Georges Bush entamait sa croisade contre les forces du mal, il allait commencer par nettoyer l’Irak de cette vermine terroriste. Or, c’est bien l’arrivée des Américains en Irak qui a créé un appel d’air pour les djihadistes, jusque là absents (ou inactifs) du territoire. Les Irakiens qui devaient déjà faire face à la dictature, ont dû, grâce aux Américains venus les “sauver”, endurer une guerre destructrice et un terrorisme qui résonne encore aujourd’hui et qui a fait des centaines de milliers de morts.

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Le 13/12/13, il a neigé en Egypte : quelques photos

On n’avait jamais vu ça de mémoire d’homme : de la neige au Caire.

La neige en Egypte n’est pas un phénomène inédit. Les températures sont souvent négatives au sommet du Mont Sinaï en hiver, il y gèle souvent. Pour peu que des précipitations se produisent dans la région et le monastère de Sainte Catherine prend des airs de lamaserie tibétaine.

Le Monastère Sainte Catherine sous la neige Via @EgyptianStreets

Le village de Sainte Catherine sous la neige Via @EgyptianStreets

La photo a largement circulé sur Twitter vendredi MAIS, elle ne date pas du 13.12, ni du 12.12. Elle avait déjà circulé le 8 janvier 2013 lors d’un précédent épisode neigeux. Rien ne me permet d’affirmer que la photo date de janvier 2013, elle peut encore être antérieure… Cela démontre cependant que la neige à Sainte Catherine, c’est moins rare qu’en Bretagne.

Un chameau dans le Sinaï. Photo par Saleh Mousa

Un chameau dans le Sinaï. Photo par Saleh Mousa

Photo prise aujourd’hui (16/12) au Jebel Abbas Pasha, non loin de Sainte Catherine à 2300 m d’altitude.

Photo prise par Samuel Forey.

Photo prise par Samuel Forey

Sur la côte nord égyptienne, il pleut plus souvent, surtout en hiver. Pour peu qu’exceptionnellement les températures frisent le zéro et on a à voir ça

Fine pellicule de neige à Alexandrie. Photo via AlMogaz (FB)

Fine pellicule de neige à Alexandrie. Photo via AlMogaz (FB)

Ce qui est carrément rarissime c’est qu’il neige ailleurs que dans le Sinaï ou sur la côte nord.  Mais ce vendredi 13 décembre au petit matin, les habitants de Rehab et de Madinati : deux quartiers situés à quelques dizaines de kilomètres à l’est du Caire se sont réveillés pour assister à ce petit miracle.

photo via @RanyaKhalifa (Twitter)

photo via @RanyaKhalifa (Twitter)

Photo via @i3atef (Twitter)

Photo via @i3atef (Twitter)

Photo via @AlexBuccianti (Twitter)

Photo via @AlexBuccianti (Twitter)

Photo via @3oma_r (Twitter)

Photo via @3oma_r (Twitter)

Photo via @AmrElGabry (Twitter)

Photo via @AmrElGabry (Twitter)

Photo via @egyptianStreets (Twitter)

Photo via @egyptianStreets (Twitter)

Notez que les quartiers Est du Caire sont des quartiers récents, les constructions de Rehab city ont commencé en Octobre 1997 et celles de Madinaty ont commencé en juillet 2006. Ces deux quartiers se trouvent en altitude, ils sont donc plus frais et pas pollués. En vivant dans une autre ville nouvelle à l’ouest du Caire (au 6 Octobre), également plus élevé et moins pollué, j’avais constaté une différence de température pouvant aller jusqu’à 4° entre le centre-ville du Caire hyper pollué et notre lieu de vie. C’est sans aucun doute en raison de cette différence de température qu’il a neigé à Rehab et Madinaty mais pas du tout au Caire. Le 6 Octobre, aux températures proches de celles de Rehab et Madinaty, n’a pas non plus vu la neige, il semblerait que le Nil ait fait barrière aux précipitations puisque aucune neige n’a été observée à l’ouest du Nil. Je sais que certains seront déçus parce qu’ils avaient vu de jolies photos du sphinx et des pyramides sous la neige. Ces photos sont truquées!

Photo truquée du Sphinx sous la neige via @Devin_HerouxCBC (Twitter)

Photo truquée du Sphinx sous la neige via @Devin_HerouxCBC (Twitter)

Rectification : la photo ci-dessus n’est pas truquée : c’est une miniature genre « France miniature » mais au Japon! Merci à Slate.fr qui, après avoir été abusé et avoir publié ces photos du sphinx enneigé, s’est fendu d’un article intéressant sur ce canular. Sur l’une des photos de l’article de Slate, on voit la Tour Eiffel poindre derrière le sphinx de 80 centimètres de haut!

Photo truquée des pyramides sous la neige. photo via James Ward (Facebook)

Photo truquée des pyramides sous la neige. photo via James Ward (Facebook)

Rectification : c’est bien un fake, mais ancien, d’une photo encore plus ancienne. Voir les différents clichés ici.

Y a même des petits malins qui se sont amusés à faire neiger sur Ryadh (où il faisait 27° C le 13/12)

Ryadh sous la neige (chaude?). Photo truquée via @HidEm_

Ryadh sous la neige (chaude?). Photo truquée via @HidEm_

L’étonnement et l’émerveillement, les enfants des quartiers ultra chics de Rehab et Madinaty jouant dans la neige, la bonne blague des photos truquées ne doivent pas nous faire oublier le plus important. La neige en Egypte : ça veut dire qu’il fait très froid. Un froid contre lequel les gens ne sont pas équipés. Les maisons, même modernes et chics, ne sont pas équipées de chauffage et l’isolation est une notion inconnue. Le résultat est qu’en été, ceux qui en ont les moyens, dépensent une fortune en climatisation et que l’hiver, les appartements sont très froids. Mais au moins, ceux-là ont un toit. Quand l’Egypte doit faire face à de mauvaises conditions climatiques, mes pensées vont vers ceux qui n’ont pas d’abri, ou un abri de fortune ouvert aux quatre vents, vers ceux qui vivent dans les garages, dans les cimetières. Je pense aussi à ceux qui sont en prison. Elles sont des fournaises en été et des glacières en hiver. Je pense plus particulièrement à ces Syriens emprisonnés pour avoir tenter d’échapper à la chasse aux réfugiés qui sévit en Egypte. Je pense aussi à un jeune rwandais qui avait été blessé par balle en tentant de passer la frontière israélienne. En espérant que cet épisode de froid ne fera pas trop de victimes.

Au-delà des frontières égyptiennes, je pense à ces enfants réfugiés syriens morts de froid et aux autres qui sont en danger et qui souffrent.

Camp de réfugiés syriens dans la Vallée de la Bekaa. Photo  Mohamed Azakir/Reuters

Camp de réfugiés syriens dans la Vallée de la Bekaa. Photo Mohamed Azakir/Reuters

Le Proche-Orient sous la neige. Photos à voir sur le DailyMail

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Portrait de révolutionnaires : Ahmed Maher et le Mouvement de la Jeunesse du 6 Avril

Le mouvement de la jeunesse du 6 Avril (M6A) a incontestablement été le fer de lance du soulèvement populaire du 25 janvier 2011. Son implication lui a valu une très grande et très rapide popularité, au point que certains aient envisagé que le plus emblématique de ses fondateurs, Ahmed Maher, puissent se présenter aux élections présidentielles. “Peut-être dans 70 ou 80 ans” a plaisanté l’intéressé. “Notre principal objectif est de mettre en place le changement. Nous voulons que l’Egypte soit un pays progressiste, avec une démocratie [...] Avoir un tel changement va prendre beaucoup de temps. Le départ de Moubarak était une étape, mais le vrai changement va prendre encore beaucoup de temps”. Plus de deux ans après avoir prononcé ces paroles, Maher, le héros du 25 janvier,  est en prison et le changement n’a jamais semblé être aussi loin.

Mouvement de la Jeunesse du 6 Avril

Mouvement de la Jeunesse du 6 Avril

La contestation avant le 25 janvier 2011 ou la génèse du M6A

Né en 1980, Maher, choqué par la chaotique organisation de l’espace en Egypte, entreprend des études d’ingénierie en planification urbaine. Il aimerait s’engager politiquement, mais la seule organisation structurée à l’Université de Zagazig est l’organisation des Frères Musulmans plus préoccupés par les problèmes régionaux que nationaux. En 2004, il rejoint le mouvement Kefaya (« ça suffit ») qui refuse de voir Moubarak briguer un nouveau mandat présidentiel en 2005. Il quitte le mouvement en 2005. Maher est arrêté une première fois en juillet 2005 puis de nouveau quelques mois après, cette fois pour une période de 3 mois pour avoir manifester à Tahrir. Victime d’arrestation arbitraire et témoin des mauvais traitements, il comprend qu’il faut inventer de nouvelles formes de contestation. Avec le développement d’Internet, il est persuadé qu’il y a là moyen de faire quelque chose.  En 2006, il s’engage pour la première fois de manière significative en soutenant les grévistes de la grande entreprise publique du textile de Mahallat El-Kubra, une ville industrielle du Delta. Les ouvriers demandent des conditions de vie plus décentes. Puis arrive 2008 et ses révoltes de la faim. Les ouvriers de Mahallat sont aux avant-postes de la contestation, mais la révolte gronde bien au-delà de la cité textile. Ahmed Maher décide de fonder avec d’autres militants (dont Esra Abdel Fattah, Mohammed Adel, Asmaa Mahfouz, Waleed Rashid, Ahmed Salah) le Mouvement de la Jeunesse du 6 Avril.

Le 6 avril correspond à la date à laquelle une grève générale est annoncée. Avec Isra Abdel Fattah, une activiste nominée pour le Nobel de la paix, Ahmed créée une page Facebook pour le Mouvement. A travers cette page, ils tentent de mobiliser leurs concitoyens. L’ouverture d’une page Facebook pour le M6A marque sans aucun doute la naissance du cyberactivisme via les média sociaux en Egypte. Fin mars 2008, 74.000 individus ont rejoint le groupe. Mais la manifestation du 6 avril tourne au drame lorsqu’à Mahalla, deux ouvriers sont tués et des dizaines d’autres sont blessés par les forces de l’ordre. Par ailleurs, des centaines de manifestants sont arrêtés parmi lesquels Isra, qui restera deux semaines en détention. Au moment de sa libération, elle dira renoncer à tout activisme politique.

Ahmed ne baisse pas les bras et continue de mobiliser via la page Facebook. Il veut faire un coup d’éclat le 4 mai, jour des 80 ans de Moubarak. La contestation peut prendre n’importe quelle forme : manifester ouvertement, mais aussi, pour les moins téméraires, revêtir un T-shirt noir, mettre un drapeau égyptien à sa fenêtre, ou juste rester chez soi. Le 2 mai, les forces de sécurité sont à la poursuite des animateurs de la page Facebook du M6A. Maher parvient, de justesse, à leur échapper et se cache. Tentant de désamorcer toute tentative de contestation, le gouvernement annonce, le 3 mai, une augmentation de 30% des salaires des fonctionnaires ainsi que des bonus pour les employés du secteur textile public de Mahalla. Le 4 mai, sur les 74.000 membres inscrits sur la page Facebook du M6A, seulement 15 personnes veulent encore manifester (12 femmes et 3 hommes). Le 5 mai, le gouvernement annonce une hausse sans précédent du prix du carburant : + 40%. Le 7, Maher est arrêté alors qu’il tente de rentrer chez lui. Il est torturé pendant plus de 12 heures puis, relâché. Cette défaite a un goût amer et semble avoir prouvé l’inefficacité du cyber-activisme.

En décembre 2008, l’un des membres fondateurs du mouvement, Ahmed Salah, profite d’un rassemblement de jeunes activistes à New York pour prendre contact avec l’administration américaine et « préparer le terrain » à un déboulonnage du Raïs. D’autres activistes suivront. Aux Etats-Unis, ils apprennent les parades pour déjouer la surveillance policière sur Internet, à protéger leurs informations, leurs échanges. Cette collaboration nuira au M6A vu par certains comme le cheval de Troie des Américains en Egypte. Il n’en faut pas plus pour que certains affirment que la Révolution égyptienne a été voulue et pilotée par les Etats-Unis. En Octobre 2011, c’est Ahmed Maher qui se charge de prodiguer ses conseils aux activistes d’Occupy Wall Street.

Le M6A renoue pleinement avec l’activisme après l’assassinat de Khaled Saïd en juin 2010. Il organise des manifestations silencieuses et symboliquement chargées. Et cette fois, la jeunesse se mobilise d’avantage. Le meurtre de Khaled Saïd, largement médiatisé grâce aux actions du M6A, est considéré comme l’un des principaux éléments déclencheurs du soulèvement du 25 janvier 2011.

En 2010, Ahmed Maher et son mouvement soutiennent Mohammed El-Baradei et le poussent à se présenter aux présidentielles car il est le seul challenger face à Gamal Moubarak qui, semble-t-il, se prépare à prendre la succession de son père (malgré les profondes réticences de l’armée).

 Le soulèvement du 25 janvier, la consécration du M6A et les nouveaux défis

Le M6A est l’un des principaux mouvements à appeler à la révolte le 25 janvier 2011. Imane, la révolutionnaire, faisait alors partie de ce mouvement. Et Isra cesse de renoncer à l’activisme politique. La chute de Moubarak ne signifie pas pour autant la chute du régime. Et dans les mois qui suivent, le M6A maintient la pression contre le Conseil Suprême des Forces Armées en organisant sit-ins et manifestations. “Ceux que nous appelons les forces du mal sont toujours en place” dit Maher, qui signifie par là que les pro-Moubarak occupent toujours des postes clés et ne sont pas vraiment inquiétés par la justice. En juillet 2011,  le CSAF accuse le M6A de semer la division entre le peuple et l’armée. Un général accuse le mouvement d’être piloté depuis l’étranger et d’oeuvrer dans l’intérêt de puissance étrangère. Le mouvement se voit également reproché de recevoir des fonds étrangers. Pour Maher, si le CSAF est si agressif envers son mouvement, c’est que sa force et sa popularité lui font peur. Mais le mouvement a un autre défi à relever. Souvent décrit comme libéral par les analystes, la base du M6A est beaucoup plus large. Les militants, eux-mêmes, se définissant comme modérés, comprennent dans leur rang toute une palette de tendances allant de la gauche aux islamistes. Entre l’hétéroclité du mouvement et les virulentes attaques extérieures, la division (déjà perceptible en avril) apparaît au grand jour. Les dissidents, regroupés autour de Tarek el-Kholi, membre du mouvement depuis 2009, dénoncent le processus de prise de décision. Ils disent que seule une petite élite prend toutes les décisions stratégiques sans jamais consulter la base. Maher réagit en prétendant qu’il n’y a pas de dissension, seulement des membres nouveaux insatisfaits et des indépendants qui ont usurpé le nom du M6A. A partir de juillet 2011, il y a deux M6A (appelés M6A – Maher et M6A – Front démocratique) et une ligne de fracture du mouvement apparaît dans toutes les grandes villes d’Egypte. Chacun des deux mouvements mène des actions distinctes entraînant une certaine confusion aux yeux du grand public.

Maher devant une fresque représentant les martyrs de la révolution. Le personnage central représente Khaled Saïd.

Maher devant une fresque représentant les martyrs de la révolution. Le personnage central représente Khaled Saïd. Source

Présidentielles 2012

Pour les présidentielles, Maher a un un seul mot d’ordre : faire barrage aux appartchiks de l’ancien régime : à savoir Ahmed Shafiq et Amr Moussa. Cette position a pour effet d’agacer Moussa qui a déployé tant d’efforts pour tenter de se démarquer de l’ancien régime. Finalement, le M6A-Maher apporte son soutien à Hisham El-Bastawisi, le candidat du parti socialiste Tagammu. Ce juriste s’est toujours battu pour une justice indépendante. En 2005, pour avoir questionné l’intégrité du scrutin présidentiel, il est poussé à la démission de son poste de vice-président de la cour de cassation et doit s’enfuir au Koweit. Il n’en revient qu’après le soulèvement du 25/01/2011. Hisham El-Bastawisi n’obtient que 0,13% des votes. Au deuxième tour, les discussions pour déterminer la position du mouvement durent . Pour Maher, “une victoire de Shafiq signifierait la fin de la révolution”, il n’est donc pas pensable qu’il gagne. Dans le même temps, les Frères Musulmans n’inspirent pas confiance, Maher les trouve trop opportunistes et fort de leur victoire au premier tour, ils ne tiennent aucun compte des autres forces d’opposition. Pourtant, le 12/06, le M6A – Ahmed Maher annonce qu’il soutiendra Morsi. Le lendemain, le M6A – Front démocratique annonce, quant à lui, son intention de boycotter le deuxième tour. Morsi est élu et les révolutionnaires espèrent qu’il tiendra ses promesses.

Sur la place Tahrir. Crédit Photo : Jess Hill

Sur la place Tahrir. Crédit Photo : Jess Hill

Maher et le M6A sous la présidence de Morsi

Maher est nommé membre de l’assemblée constituante. Contrairement à nombre d’autres mouvements révolutionnaires qui refusent d’y participer arguant que l’assemblée, dominée par les islamistes, est peu représentative, Maher, lui, tient à y être. Lorsque le 10 Octobre, une première version de la constitution est publiée, Maher la critique lui reprochant d’être vague et d’ouvrir la voie à l’autoristarisme. Mi-novembre, en concertation avec d’autres groupes de révolutionnaires, Maher menace de démissionner si la date limite pour la version finale de la constitution n’est pas reportée de deux semaines à trois mois. La constitution sera finalement adoptée en décembre.

Fin janvier, début février, des heurts violents opposent les forces révolutionnaires aux Frères Musulmans, notamment devant le palais présidentiel. La répression est féroce et n’est pas sans rappeler la répression du temps de Moubarak. Pour Maher, “ces incidents pourraient être le début de la chute de Morsi.” Il rajoute que les “actions de la police pendant la présidence de Morsi pourraient conduire à son départ comme ce fut le cas pour Moubarak.” Expérimentant sans arrêt de nouvelles formes de contestation, le M6A inscrit le nom de son Président à la liste des candidats d’un concours sponsorisé par les déodorants Axe dont l’enjeu est un voyage dans l’espace.

Le 6 avril est l’occasion pour le mouvement de célébrer son cinquième anniversaire mais aussi de marcher dans tout le pays pour dénoncer les errements de la présidence de Morsi. “On a soutenu la candidature de Morsi  [au deuxième tour] pour la présidentielle.  Mais maintenant, après qu’il a publié sa déclaration constitutionnelle, qu’il a fait passé de force la nouvelle constitution et qu’il a échoué à satisfaire les objectifs de la révolution, nous avons rejoint les rangs de l’opposition” explique Maher.

Le 10 mai, Ahmed Maher est arrêté à l’aéroport du Caire à son retour des Etats-Unis. Il est accusé d’incitation à la violence lors d’une manifestation organisée en mars, lorsque les membres du M6A s’étaient rassemblés devant la résidence du ministre de l’Intérieur, Mohammed Ibrahim, et avaient jeté des sous-vêtements féminins en direction du bâtiment. Ahmed est libéré le lendemain, mais reste sous le coup d’une enquête pour les faits sus-mentionnés.

 Le M6A et la destitution de Morsi

Le 16 mai, le M6A annonce qu’il rallie officiellement le mouvement Tamarrod (Rebelle) dans leur campagne anti-Morsi. Le M6A rappelle sur sa page Facebook que le but de la campagne est de rassembler 15 millions de signatures avant le 30 Juin réclamant un vote de défiance à l’encontre du Président Morsi afin de l’obliger à tenir des élections présidentielles anticipées. Un mois plus tard, le groupe réitère sa position : il n’a qu’une seule demande, il veut des élections présidentielles anticipées en raison de l’échec du Président Morsi à tenir ses promesses électorales. Lorsque au lendemain des gigantesques marches anti-Morsi, le Ministre de l’Intérieur, le Général Abdel-el Fattah El-Sissi, donne un ultimatum de 48 heures à Morsi pour satisfaire les demandes des manifestants, Maher se dit rassuré. Dans le même temps, le M6A déclare que les gens ne veulent ni des Frères Musulmans, ni des militaires. Comme les autres forces révolutionnaires, le mouvement refuse toute intervention militaire.

Dans le même temps, des rumeurs soutiennent que des membres du M6A ont rejoint les pro-Morsi à Rabaa el-Awadyia. Maher dément. Lorsque, à l’issue de l’ultimatum, l’armée renverse Morsi, on commence, dès le 3 juillet, à sentir poindre une certaine inquiétude chez Maher. “Si l’armée a aidé au renversement de Morsi, j’espère qu’elle n’aura aucun rôle direct comme ce fut le cas avant”. “Je crains que la Révolution du 25 Janvier ne soit oubliée; si la période à venir n’est pas correctement gérée, les “felool” (membres de l’ancien régime) pourraient revenir.” Pas si simple d’avoir soutenu le renversement d’un président démocratiquement élu par une armée agissant en dehors de toute légalité. Un mois plus tard, ses craintes se renforcent et il écrit dans le Washington Post qu’“il y a des raisons d’être très inquiet par les actions des militaires.”. Si son mouvement a soutenu la feuille de route de transition proposée par l’armée, c’est que celle-ci s’engageait à ne pas interférer dans la vie politique égyptienne. Or, “Le rôle croissant que pend l’armée dans le processus politique est déconcertant”. Le reste de sa tribune expose encore davantage sa crainte “Je suis également très préoccupé par l’escalade dans la rhétorique haineuse des médias à l’encontre des Frères Musulmans et des libéraux. Une rhétorique qui encourage l’extermination de toute une faction politique ou qui appelle à l’emprisonnement de ses membres, quelque soit leur position, est totalement inacceptable. Nous avons refusé de traiter les membres du régime de Moubarak de cette manière quand ils ont perdu le pouvoir. Comment pouvons-nous supporter un tel traitement des Frères maintenant? Par ailleurs, je ne peux accepter que, une fois encore, le gouvernement exerce le contrôle des médias sous prétexte de guerre contre le terrorisme. D’après mes précédentes expériences avec les militaires – j’ai été arrêté et battu en raison de mes activités militantes en 2008 – je ne peux m’empêcher d’avoir peur d’être accusé de terrorisme si je critique le nouveau régime. Personne ne peut défendre les erreurs commises par Morsi et les Frères. Mais, n’est-ce pas mon droit de questionner la mort de plus de 100 pro-Morsi, pour beaucoup tués par balles dans la tête ou la poitrine? En dépit de mon soutien à la vague révolutionnaire du 30 Juin et en dépit du fait que c’était un mouvement populaire avant d’être une intervention militaire, je vois maintenant beaucoup à craindre. Je crains l’insurrection contre les principes de la révolution du 25 janvier, le déni continu des droits de l’homme et le développement de mesures restrictives au nom de la guerre contre le terrorisme, j’ai peur que n’importe quel opposant aux autorités soit accusé d’être un terroriste ». Le 15/08, le M6A condamne fermement l’évacuation violente des sit-ins des pro-Morsi ayant entraîné, au minimum, des centaines de morts le 14 août, ainsi que l’incendie de plusieurs églises à travers le pays le même jour.  Quinze jours plus tard, une plainte est déposée à l’encontre d’Ahmed Maher. Il est accusé d’espionnage et d’avoir qualifié la destitution de Morsi par l’armée de “coup d’Etat”. Un peu plus tôt dans la semaine, le procureur général avait ordonné l’ouverture d’une enquête pour espionnage à l’encontre de deux anciens membre du M6A, Asma Mahfouz et Esra Abdel Fattah.

 Dans un interview à Qantara début septembre 2013, Ahmed Maher dresse un bilan bien sombre, non seulement de l’Egypte mais également de son propre mouvement. Il décrit le M6A comme étant totalement paralysé parce que ceux qui ont le pouvoir et qui sont parvenus à retourner l’opinion publique contre eux. Le mouvement a perdu beaucoup de ses membres principalement en raison des intimidations de l’armée mais aussi à cause des pressions familiales. Les familles craignent de voir leurs proches prendre part aux manifestations. “On doit tout recommencer à zéro”. Maher accuse Tamarrod, qu’il reconnait avoir soutenu pour recueillir les signatures, d’avoir toujours souhaité l’instauration d’un Etat militaire. La révolution ne peut se faire en quelques jours, souligne Maher, il faut continuer afin d’offrir à la population une troisième voie entre les islamistes et les militaires.

 Renouveau du M6A et nouvelles répressions

Le 28 octobre, le M6A annonce officiellement qu’il s’est choisi un nouveau leader, Amr Ali, élu avec 56% des voix des membres, remplace Ahmed Maher qui ne s’est pas présenté à sa propre succession mais qui reste impliqué dans le mouvement en tant que conseiller. Le lendemain, Maher appelle à la réconciliation “ Il n’y a plus aucune raison à la continuation d’entités parallèles n’ayant pas de relation avec la mouvance mère”. Une façon pour Maher de faire son mea culpa, reconnaissant du même coup la dissidence et le fait qu’il ait pu être la raison de cette dissidence.

Maher maintient la pression en s’opposant publiquement aux tribunaux militaires pour les civils, à la nouvelle loi encadrant les manifestations. Le 26 novembre, une manifestation contre la tenue de procès militaires pour les civils a lieu au Caire sans autorisation préalable. Elle est violemment réprimée et donne lieu à une cinquantaine d’arrestations. Un mandat d’arrêt est lancé contre Maher, accusé d’avoir incité les gens à protester sans avoir déclaré au préalable le rassemblement selon les procédures stipulées par la nouvelle loi. Maher est arrêté le 30 novembre, relâché le 1er décembre mais doit retourner en prison pour 4 jours le 2 décembre. A ce jour, Maher est toujours en détention et le M6A dénonce ses conditions de détention. Emprisonné à Tora, comme Moubarak jusqu’à fin août et comme Morsi jusqu’à début novembre, il est confiné en cellule d’isolement.

Maher sera jugé au pénal, son procès s’est ouvert le dimanche 8 décembre. Les charges pesant sur l’accusé sont : manifestation sans autorisation (manifestation du samedi 30 novembre), attaque de sept policiers, violence, et entrave à la circulation.

Lors de sa comparution le 8/12, Maher brandit un T-Shirt sur lequel il est écrit "Révoquez la loi sur les manifestations"

Lors de sa comparution le 8/12, Maher brandit un T-Shirt sur lequel il est écrit « Révoquez la loi sur les manifestations »   AFP Photo/Mahmoud Khaled

 

Le procès a été reporté au 22 décembre, date à laquelle un verdict sera rendu.

Mise à jour 1 : Mardi 17, Ahmed Maher a publié un communiqué dénonçant la situation dramatique des droits de l’homme en Egypte. Il s’en est particulièrement pris au Conseil National des Droits de l’Homme qu’il a qualifié de conseil fantoche alors que la torture continue à se pratiquer en toute impunité dans les prisons égyptiennes. Le message a été publié sur la page Facebook du Mouvement du 6 Avril. Privé de papier, Maher aurait écrit son communiqué sur du papier toilette.

Mise à jour 2 : Dimanche 22, Ahmed Maher, ainsi que Mohammed Adel et Ahmed Douma ont été condamnés à une peine de 3 ans de prison ferme assortie d’une période de probation de 3 ans, après leur libération. Ils doivent, de plus s’acquitter d’une amende de 50.000 Livres Egyptiennes chacun. Alors que le verdict était rendu, les trois hommes criaient « A bas la régime militaire ». Sur son blog, Zeinobia rappelle que le M6A est dans une position des plus critiques. En effet, le mouvement est diffamé à longueur de journée dans les médias où on l’accusé d’œuvrer en sous-main pour les Frères Musulmans et d’être financé par l’étranger. Les Felool, et les pro-militaires sont ravis du verdict.

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Portrait d’un révolutionnaire : Alaa Abdel Fattah

Une famille de révolutionnaires

Né en 1981 dans une famille d’activistes de gauche, il est le fils de Ahmed Seif El-Islam Hamed, un avocat renommé qui a co-fondé en 1999, le « Centre Légal Hisham Moubarak » spécialisé dans la défense des droits de l’homme et apportant plus particulièrement son aide aux victimes de torture et de détention arbitraire.

Ahmed Seif El-Islam Hamed, le père

Ahmed Seif El-Islam Hamed, le père.     Photo : Source

Dans les années 80, Ahmed Hamed a été arrêté et emprisonné pendant 5 ans en raison de ses activités politiques. La mère d’Alaa, Laila Soueif, professeur de mathématiques à l’Université du Caire est également un personnage incontournable de la révolte égyptienne.

Laïla Soueif, la mère

Laïla Soueif, la mère (photo : Wikipédia)

Elle a été de toutes les manifestations à partir du 25 janvier mais aussi bien avant lorsque les manifestants ne constituaient qu’une poignée d’individus face à une marée de policiers. Mona Seif, la cadette, née en 1986, est la co-fondatrice du groupe de pression « Non aux procès militaires pour les civils».

Mona Seif, la soeur

Mona Seif, la soeur. photo : source

Elle a aussi été de toutes les manifestations, dont la dernière en date, mardi 26 novembre, durant laquelle elle a été arrêtée, puis relâchée plusieurs heures après, en plein désert. La force de Mona est son excellente maîtrise des médias sociaux qui lui ont permis de diffuser bien au-delà des frontières, ce qui se passait en Egypte.

Manal Hassan, la femme d’Alaa, vient du même milieu que son époux, avec un père également engagé dans les droits de l’homme et qui dirige actuellement Le Centre d’Etudes du Caire pour les Droits de l’Homme. Alaa et Manal ont été les pionniers du blog politique en Egypte puisqu’ils animent le blog très connu www.manalaa.net depuis 2004 (inaccessible au moment de la rédaction de cet article).

Premiers engagements, première arrestation

En mai 2006, Alaa est incarcéré pour la première fois pendant 45 jours alors qu’il manifestait pacifiquement pour une justice libre. De part son engagement connu à travers son blog, cette arrestation soulève la réprobation internationale. En 2008, Alaa et Manal s’installent en Afrique du Sud. Quand le sol de Tahrir se met à trembler sous les pieds de centaines de milliers de manifestants, ils savent que le moment de rentrer au pays est venu. Ils arrivent au Caire le 2 février, jour de la « bataille du Chameau ». Après le départ de Moubarak, le couple fait part de son souhait de fonder une famille. S’ils ont un garçon, il s’appellera Khaled en hommage au martyr « Khaled Saïd ».

Manal, Alaa et Khaled

Manal, Alaa et Khaled. Photo : Source

Les déboires d’Alaa Abdel Fattah à l’heure du Conseil Suprême des Forces Armées

Khaled nait le 6 décembre 2011 mais son père n’est pas là pour l’accueillir, il a été arrêté et incarcéré le 30 Octobre. Il est accusé d’incitation à la violence lors des violents affrontements ayant eu lieu le 9 octobre entre des manifestants coptes et l’armée. Ce qu’on a appelé le « massacre de Maspero » s’est soldé par la mort d’une trentaine de manifestants, en majorité coptes. Alaa refuse d’être interrogé par des militaires et il fait savoir clairement son opposition au fait que le parquet militaire soit en charge d’enquêter sur le massacre de Maspero alors que l’armée est directement impliquée. N’ayant jamais été formellement inculpé, il est relâché le 25/12/11 avec toutefois, une interdiction de quitter le territoire. Le massacre de Maspero, l’arrestation d’Alaa et l’autre massacre de la rue Mohammed Mahmoud fin novembre seront autant d’éléments qui marqueront la défiance de plus en plus affichée des activistes libéraux envers les militaires.

Lors de la campagne présidentielle au printemps 2012, Alaa Abdel Fattah se rallie à Khaled Ali. Ce candidat est considéré, par beaucoup, comme le plus révolutionnaires de tous. Ce socialiste, avocat et défenseur des droits humains, est très engagé dans la justice sociale et économique et dans la lutte contre la corruption. A 40 ans, il est aussi le plus jeune des candidats. Souffrant d’une faible notoriété publique, il n’obtiendra que 0,58% des voix au premier tour. Au deuxième tour, les Egyptiens doivent choisir entre le candidat des Frères Musulmans, Mohammed Morsi et le candidat inféodé à l’ancien régime, Ahmed Shafiq. Dépités par ce non choix, plusieurs révolutionnaires appellent au boycott du 2° tour. Pour Alaa, rien n’est plus important que de contrer Shafiq. Il annonce publiquement qu’en cas de duel Shafiq-Morsi, il votera pour Morsi. Il est prêt à soutenir le nouveau président élu si celui-ci parvient à prendre le dessus sur l’armée et ne reproduit pas les mêmes erreurs qui furent celles des parlementaires Frères Musulmans.

Les déboires d’Alaa Abdel Fattah à l’heure de Morsi

En novembre 2012, Morsi s’octroie les quasi plein pouvoirs. Le divorce avec les  révolutionnaires est consommé. Fin mars 2013, des heurts violents éclatent entre pro-Morsi et Anti-Morsi faisant une centaine de blessés. Un mandat d’arrêt est lancé contre Alaa à qui il est reproché d’inciter à la violence à travers les médias sociaux. Pour éviter une arrestation traumatisante, Alaa se rend de lui-même le 26/03 au bureau du procureur général , mais ne lui reconnaissant aucune légitimité, il refuse de répondre à ses questions. Il ressort le soir même. Le procureur général le renvoie devant la cour pénale le 5 juin. En mai, il est de nouveau interrogé pour une autre affaire. Lors de l’incendie du QG d’Ahmed Shafiq en mai 2012, des témoins affirment avoir vu Alaa (et sa soeur Mona) à proximité et Shafiq l’accuse formellement. Le verdict sera rendu le 5 janvier 2014. Pour l’autre affaire (incitation à la violence et attaque du QG des Frères musulmans), Alaa sera finalement acquitté début juillet après la chute du Président Morsi. Cette chute, Alaa la souhaitait. Dans un article daté du 25 avril 2013 en soutien au journal Egypt Independent sur le point de fermer, il écrivait “ Ils [les membres de l’équipe d’Egypt Independant] aimeraient voir la chute rapide de Morsi comme nous tous”].

Les déboires d’Alaa Abdel Fattah à l’heure de la reprise en main du pays par l’armée

Le 30 juin, il participe à la manifestation dans le but de renverser le pouvoir en place. Il fait également partie de ceux qui ont demandé l’évacuation des places Nahda et Rabea. Alaa dit que des manifestants sont “lourdement armés” et impliqués dans des heurts avec le voisinage. “Les résidents ne peuvent pas faire face à ces militants armés. Il n’y a pas de solution politique. Les forces de sécurité sont les seules à pouvoir gérer une telle situation”. La situation sera effectivement gérée par les forces de sécurité faisant au bas mot des centaines de morts le 14 août. Alaa dénonce le massacre “On est de retour au temps de Moubarak” réagit-il le jour même sur son compte Twitter “ A bas, à bas tous les Moubarak. Sissi est Moubarak”. Plus récemment, dans un communiqué, il tient le général Abdel Fattah al-Sissi pour responsable du massacre lors de l’évacuation des places. Alaa Abdel Fattah, la bête noire de tous les régimes, était emprisonné le 6 décembre 2011 et n’a pas pu accueillir son fils à la naissance. De nouveau emprisonné depuis le 28 novembre, il n’a pas non plus fêté son deuxième anniversaire.

Mise à jour du 12/03/2014

Alaa est toujours en prison et du fond de sa cellule il lit et il écrit des lettres aux Égyptiens qui voudront bien le lire.

En prison, j’essaie de compenser mon inactivité et mon impuissance par la lecture. Peut-être cela me permettra-t-il de m’informer ou d’acquérir une sagesse utile à ceux qui me rendent visite, ou que cela m’aidera le jour où je serai libéré. J’ai lu — entre autres — sur l’autisme. Je (…) me surprends à faire le lien avec les troubles de la révolution. J’imagine que l’autisme est une bonne métaphore de notre condition.

Lire la suite sur Orient XXI

L’intégralité de la lettre en anglais sur MadaMasr

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Après les arrestations massives de Frères musulmans, les activistes libéraux à leur tour dans la tourmente.

Les arrestations dont je rendrais compte à travers ce billet se situent dans la suite logique du billet sur la loi encadrant les manifestations et les arrestations du mardi 26 novembre. C’est la première fois depuis la destitution du président Morsi que des activistes libéraux subissent une telle répression. Tous ceux qui ont été arrêtés ces derniers jours s’étaient rallié au mouvement Tamarrod (rebellion) pour manifester le 30 juin dernier, leur défiance envers Morsi.  Ces gigantesques manifestations avait offert à l’armée une certaine légitimité pour faire son coup d’Etat « populaire » et renverser le président. Aujourd’hui, malgré une présidence intérimaire civile, personne n’est dupe : le pouvoir est détenu par l’armée avec à se tête le très charismatique général Abdel-Fattah El-Sissi. (Lire “Sissi, mon amour” dans Ahram hebdo). A la suite de cet article, deux autres billets seront publiés reprenant des éléments biographiques de deux des principales figures de la révolution venant d’être arrêtées : Alaa Abdel Fattah et Ahmed Maher. Ce sera l’occasion de faire le portrait de deux révolutionnaires très influents mais aussi très différents et des mouvements qu’ils incarnent.

L’arrestation d’Alaa Abdel Fattah et le cas d’Ahmed Abdelrahman

Nous avions vu comment le 26 Novembre, l’Etat égyptien avait mis en application la nouvelle loi encadrant les manifestations en dispersant violemment une manifestation dénonçant les tribunaux militaires pour les civils. Une cinquantaine d’individus sont arrêtés, 26 femmes (avocates, journalistes, activistes renommées) sont relâchées dans la nuit sur une route désertique. Il reste mercredi 24 hommes en garde à vue. Le même jour, un mandat d’arrêt est émis à l’encontre d’Alaa Abdel Fattah et d’Ahmed Maher. Tous deux sont accusés d’avoir incité les gens à protester mardi sans avoir déclaré au préalable le rassemblement selon les procédures stipulées par la nouvelle loi. Alaa est en plus accusé d’avoir organisé la manifestation. Toujours mercredi, 6 femmes membres du groupe “non au procès militaires” se rendent au bureau du procureur pour l’informer qu’elles sont les organisatrices de la manifestation de mardi. Aucune charge n’est cependant retenue contre elles et elles ne sont pas arrêtées. Leur activisme connue bien au-delà des frontières gêne probablement la justice égyptienne qui n’a pas envie de s’attirer les foudres internationales.

Alaa Abdel Fattah

Alaa Abdel Fattah (Photo Al-Ahram weekly)

Alaa publie un communiqué en réponse au mandat d’arrêt. Il s’étonne d’avoir été informé de ce mandat d’arrêt par voie de presse alors qu’il n’a lui-même reçu aucune notification à son domicile. Il dit également ne pas reconnaître la loi sur les manifestations et met en doute la légitimité du régime. Il tient ce régime pour responsable des heurts de cet été ayant fait une cinquantaine de morts en juillet et au moins 650 en août lorsque les sit-in ont été évacués. Malgré tout cela, il ne renie pas les charges qui pèsent contre lui et se rendra aux autorités samedi 30 novembre en milieu de journée. Cette information est également publiée sur son profil Facebook. Et de manière plus officielle, il envoie un télégramme au procureur général. Mais il semble que les autorités manquent de patience et jeudi soir, 20 policiers armés, certains lourdement, fracturent la porte de son appartement. Alaa demande à voir le mandat d’arrêt, les policiers refusent et cognent. Ils cognent Alaa mais aussi Manal, son épouse.

Les 25 hommes (Alaa et les 24 autres mentionnés plus haut) sont accusés d’avoir violé la loi sur les manifestations en participant à une manifestation sans l’avoir préalablement déclarée, d’avoir attaqué un officier de police, d’avoir détruit des biens publics et d’avoir entravé la circulation. Seul Alaa est accusé d’avoir organisé la manifestation. Sur les 24 hommes incarcérés, 23 seront relâchés lundi 2 décembre moyennant une caution de 5000 LE le temps de mener l’enquête. Seul restera incarcéré avec Alaa, Ahmed Abdelrahman. Ce dernier n’a pas le même profil que les autres activistes. En fait, ce n’est pas vraiment un activiste. Ce mardi, il se rend à son travail dans la ville du 6 Octobre où il est agent de sécurité à l’entrée d’un compound très chic. Alors qu’il marche vers la station de bus, il voit des policiers en civil, molester et traîner deux femmes, il intervient pour porter secours aux femmes mais est interpellé. Passant parfois la nuit sur son lieu de travail, Ahmed porte un sac contenant une paire de claquettes, une louffah, du savon et un petit couteau. Le dangereux individu est armé, ce qui justifie son incarcération pour port d’armes au cours d’une manifestation. A moins que son origine modeste ne faisant pas de lui un activiste à renommée internationale rend sa détention moins risquée puisqu’elle ne suscitera pas la même émotion que l’incarcération d’une célèbre défenseur des droits de l’homme…

L’arrestation en deux temps d’Ahmed Maher et d’Ahmed Douma

Ne voulant pas subir l’arrestation traumatisante d’Alaa, Ahmed Maher se rend de lui-même aux autorités le 30 novembre. Cependant, cette reddition est marquée par une manifestation devant le bureau du procureur chez lequel se rend Maher. Plusieurs manifestants ayant répondu à l’appel du “Front Révolutionnaire” réclament la libération des 24 manifestants détenus depuis la manifestation du 26 avril et disent eux aussi vouloir se rendre aux autorités. La manifestation dégénère au moment où Maher s’apprête à se remettre entre les mains des autorités. Maher est accusé d’avoir attaqué un enquêteur, Emad Tahou, et de lui avoir volé son talkie walkie, d’avoir participé à une assemblée illégale, d’avoir bloqué la circulation, et d’avoir appelé à une manifestation sans en avoir obtenu la permission. On le voit, les charges pesant sur Maher sont quasiment les mêmes que celles pesant sur Abdel Fattah. Pourtant, ce dernier reste incarcéré le temps de la procédure tandis que Maher est relâché le lendemain (dimanche 1er décembre). Une liberté de courte durée puisque dès lundi matin, il doit retourner en détention pour quatre jours, le temps de l’enquête concernant les événements de samedi cette fois.

Mardi matin, un autre activiste, Ahmed Douma, est arrêté et incarcéré. Il parvient à annoncer son arrestation sur les réseaux sociaux et dit ne pas savoir pourquoi il a été arrêté. Malgré ses 28 ans, Douma a déjà fréquenté de nombreuses fois les prisons égyptiennes. Cet ancien membre des Frères musulmans (jusqu’en 2007) est arrêté en 2009 à son retour de la bande de Gaza et accusé d’avoir passé illégalement la frontière. Une cour militaire le condamne à un an de prison. Torturé à plusieurs reprises, les officiers de police responsables ne seront jamais inquiétés. Il est de nouveau arrêté en 2010 et accusé d’avoir attaqué les forces de police et en 2012 lors des manifestations devant le siège du gouvernement alors sous la tutelle du Conseil Suprême des Forces Armées. En avril 2013, il est arrêté pour avoir insulté Morsi et l’avoir traité de “meurtrier” lors d’un entretien télévisé. En juin, il est condamné à 6 mois de prison puis acquitté juste après l’éviction de Morsi. Douma s’en prend maintenant aux militaires. En novembre, lors des commémorations des violences de la rue Mohammed Mahmoud, il déclare qu’il tient le Général Abdel Fattah al-Sissi responsable du massacre puisqu’il était, à l’époque, membre du Conseil Suprême des Forces Armées. Douma est également un blogger très actif.

Mohammed Adel, Ahmed Maher et Ahmed Douma

Mohammed Adel, Ahmed Maher et Ahmed Douma (photo Al Ahram weekly)

Un mandat d’arrêt a également été lancé contre Mohammed Adel qui reste insaisissable.

Les tois hommes, ainsi qu’Alaa Abdel Fattah et les 24 autres activistes arrêtés seront jugés au pénal.

Le procès de Maher, Douma et Adel (jugé par contumace) s’est ouvert le dimanche 8 décembre. Les charges pesant sur les accusés sont : manifestation sans autorisation (manifestation du samedi 30 novembre), attaque de sept policiers, violence, et entrave à la circulation.

Le procureur a indiqué que les prévenus se croyaient au-dessus des lois alors que rien ne leur interdit de manifester pour autant qu’ils en aient fait la demande expresse auprès du ministère de l’intérieur. Le procès a été reporté au 22 décembre, date à laquelle un verdict sera rendu.

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21 jeunes filles dont 7 mineures lourdement condamnées à Alexandrie

Le 27 novembre, les réactions internationales condamnaient l’application de la loi encadrant les manifestations ainsi que l’évacuation musclée et l’arrestation de plusieurs activistes ayant manifester la veille contre les tribunaux militaires pour les civils. Le même jour, à Alexandrie, 21 jeunes filles agées de 15 à 22 ans écopaient de très lourdes peines de prison pour avoir manifester contre le coup d’État. Si cette condamnation n’a pas eu le même retentissement à l’étranger que les événements de la veille; en Égypte, elle a provoqué une onde de choc.

Retour sur les faits.

Alors que le président déchu Morsi doit être jugé le 4 Novembre, les manifestations de soutien en sa faveur ou condamnant le coup d’Etat se multiplient. Le 26 Octobre, le mouvement “7 elsob7” traduit en anglais par “7am” ou “7 heure du mat” est créé à Alexandrie. Il regroupe des adolescents et de jeunes adultes, se réclame de la non-violence et veut organiser des manifestations pacifiques pour dénoncer le coup d’Etat, la junte au pouvoir, l’arrestation et le meurtre d’innocents. Le 31 Octobre, 700 jeunes (filles et garçons) du mouvement décident d’entreprendre une action symbolique. Ils veulent rejoindre la corniche afin de former une chaîne humaine. Ils ont avec eux des ballons jaunes et des posters comme celui ci-après qui est devenu le symbole des pro-Morsi.

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Ce qui s’est passé par la suite est beaucoup moins clair. La description des événements la plus complète est donnée par Naira Antoun et Lindsey Parietti sur Madamasr. Les jeunes se rassemblent dans le quartier Roshdy et entament leur marche vers la Corniche. Alors qu’ils sont  presque arrivés à destination, des assaillants, cachés dans un bâtiment proche de l’intersection entre la rue et la corniche commencent à leur jeter des bouteilles de verre. Quelques manifestants répondent aux jets de bouteille par des jets de pierre, mais d’après plusieurs témoins, les filles n’ont pas pris part au caillassage. Peu de temps après, la police intervient arrêtant un homme (qui sera relâché dans la soirée) et 21 femmes. D’après les articles de presse sur le sujet, elles sont accusées de plusieurs forfaits, qui présentent de légères différences en fonction des journaux, voire des articles. Ici, elles sont accusées de rassemblement illégal, d’entrave à la circulation, de destruction de propriétés privées et de possession d’armes. N’ayant trouvé aucune mention nulle part des armes qu’elles auraient eu en leur possession (couteaux, armes à feu, explosifs), j’en déduit que les armes en question sont les cailloux ayant servi au caillassage des assaillants. , elles sont accusées d’avoir détruit des propriétés privées, attaquer les forces de sécurité, attiser la violence. Et là encore, l’enquête aurait révélé que les jeunes filles avaient verbalement attaqué les passants, jeté des pierres endommageant des voitures et des boutiques. Leur soutien crie à l’injustice en soulignant le caractère non violent du mouvement 7am. ONTV, chaîne privée égyptienne, a diffusé de son côté une vidéo montrant des jeunes filles “pro-Morsi” se conduisant de manière extrêmement violente (information relayée par @nervana_1/Twitter). Khalaf, avocat dans un groupe de défense des droits de l’homme égyptien affirme que les jeunes filles ont été sujettes à des arrestations totalement arbitraires. Vingt-deux filles ont été arrêtées parmi 400 manifestantes. Les forces de l’ordre ont mené leurs interpellations et ont dispersé la manifestation de manière extrêmement violente, raflant même au passage une passante qui ne faisait pas partie de la manifestation.

Emprisonnées le 31 Octobre, leur procès a débuté le 20 novembre. Les preuves à l’encontre des filles ne sont pas des plus accablantes. Les témoignages des employés des échoppes de la rue mentionnent des dégâts mineurs. Quant aux victimes, leurs témoignages sont contradictoires à l’instar de ce portier qui dit avoir été frappé parce qu’il soutenait la feuille de route du régime en place sans qu’on sache comment les manifestants auraient pu savoir cela. En fait, les preuves les plus tangibles et incontestables du délit se résument à des ballons jaunes, à un paquet d’affiches et à des autocollants. Devant la faiblesse des accusations, les familles et les avocats étaient confiants quant à l’issue du procès. Une des mères a quitté la salle d’audience en espérant qu’une heure ou deux après, on lui dira de venir prendre sa fille.

Les filles étaient sans aucun doute sûres d’une issue favorable comme en témoignage leur bonne humeur.

smiling@i3atef

Photo via @i3tef (Twitter)

Sentence et explications

La sentence est tombée le 27 novembre. Les 14 filles majeures écopent de 11 ans et un mois de prison ferme. Les 7 filles mineures ayant entre 15 et 17 ans seront quant à elles confinées dans un centre de rétention pour mineures jusqu’à leur majorité (il n’est pas clair de ce qu’il adviendra après leur majorité).

AP Photo/Amira Mortada, El Shorouk Newspaper

AP Photo/Amira Mortada, El Shorouk Newspaper

On se souvient que la peine la plus lourde encourue pour la violation de la nouvelle loi encadrant les manifestations est 7 ans d’emprisonnement (pour détention d’armes ou d’explosifs). Dans le verdict présent, les juges ont cumulé les peines correspondant aux différentes accusations auxquelles faisaient face les jeunes filles. Elles ont ainsi écopées de 6 ans de prison pour rassemblement illégal (pas de peine de prison pour une manifestation sans autorisation dans la nouvelle loi), 4 ans pour violence (attaquer les forces de sécurité peut entraîner une peine de 2 à 5 ans de prison), un mois pour vandalisme et un mois avec sursis et une amende de 500 Livres pour possession d’objets destinés à être utilisés pour attaquer des civils. Ce qui confirme l’hypothèse que l’accusation pour port d’armes concerne la possession de cailloux. [Le décompte fait 10 ans et un mois, pas d'explication pour l'année supplémentaire]

Leur avocat, Mahmoud Gaber a annoncé qu’il avait fait appel de ce verdict qu’il considère illégal. D’après les procédures établies, un accusé reconnu coupable de plusieurs chefs d’accusation ne devrait faire face qu’à la peine la plus sévère parmi les charges, et ne pas avoir toutes ses peines qui s’additionnent.

Les juges ont tenté de justifier leur jugement sévère. La cour a ainsi rappelé qu’elle ne faisait pas la distinction entre les hommes et les femmes. “Les deux sexes ont le droit de manifester pacifiquement et ceux qui ne le font pas seront jugés en conséquence”. Pourtant, plusieurs proches des détenues ont rapporté que des jeunes hommes ont demandé aux forces de l’ordre de les arrêter le jour de la marche, mais les forces de l’ordre ont montré clairement qu’ils étaient uniquement intéressés par l’arrestation des filles. Les manifestations, renchérissent les juges, ont entraîné le chaos, paralysé le trafic, empêché les gens d’aller à l’école ou au travail et ont “instillé la peur dans le cœur des gens”. Extraordinaire dernière accusation censée justifier la lourde condamnation.

En plus de cette condamnation en correctionnel, les jeunes filles devront toutes être jugées au pénal pour appartenance à une organisation bannie (les Frères Musulmans) alors que seulement quelques unes d’entre elle ont reconnu des liens avec l’organisation. Le mouvement 7am, quant à lui, se veut indépendant de toute organisation ou parti politique.

Les filles seront jugées en appel le 7 décembre. Les avocats ont pris acte du jugement seulement trois jours avant cette date.

Les réactions à la sentence

Pour l’avocat des jeunes filles, Mahmoud Gaber, c’est un procès politique. Si des peines aussi sévères sont infligées en correctionnel que reste-t-il aux cours pénales?

D’ailleurs, Gamal Eid, à la tête d’une autre organisation de défense des droits de l’homme écrivait sur son compte Twitter “Dans la ville d’Alexandrie, la même justice relaxe Wael El-Komi accusés d’avoir tué 37 martyrs et condamnent 14 filles à 11 ans de prison.” “L’Etat de droit vous souhaite la bienvenue.” Il fait référence à un policier accusé d’avoir tué 37 manifestants dans la seule journée du 28 janvier 2011.

Le nassériste et ancien candidat à la présidence, Hamdeen Sabbahi a appelé le “Président Adly Mansour a usé de ses prérogatives pour pardonner les filles”

Pour le Mouvement du 6 avril, ce verdict est un nouvel épisode révélateur de la montée en puissance d’un régime oppressif qui veut resserrer son emprise sur le pays.

Un hacker se faisant appelé “le Pharaon” et qui se dit foncièrement anti Frères Musulmans s’est attaqué au site Internet du “Club des Juges”, une instance indépendante représentative et influente. Sur le site du Club des Juges, il laisse un message “Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour je défendrais un membre des Frères Musulmans. Mais aujourd’hui, je défendrais 14 filles condamnées à 11 ans de prison. Malgré ma haine des Frères Musulmans, c’est une injustice”.

hackerpharaon

capture effectuée par @zeinobia

Beaucoup d’autres figures libérales se sont insurgées contre ce verdict, telle Nervana Mahmoud qui après vu la vidéo montrant la violence de jeunes femmes “pro-Morsi” écrivait “oui, elles ont fait ça. Mais ça ne mérite pas 11 ans de prison.”

Réactions en chaîne à l’Université du Caire

Au lendemain de l’annonce du verdict, une manifestation d’étudiants (toute tendance confondue y compris apolitique) de l’Université du Caire a tourné au drame lorsqu’un jeune homme, Mohammed Reda a été mortellement touché au cou par un tir de grenaille. Et comme c’est de rigueur dans de telles circonstances, le Ministère de l’Education dément que les forces de l’ordre aient fait usage de grenaille à l’intérieur du campus et accusent les étudiants affiliés au Frères Musulmans d’être l’auteur du coup de feu mortel.

Les cours n’avaient toujours pas repris jeudi 5 décembre, jour où les étudiants annonçaient qu’ils entameraient une grève et un sit-in à compter de samedi 7 pour demander la traduction en justice des responsables de la mort de leur camarade ainsi que du Ministre de l’intérieur et la démission du Ministre de l’Education Supérieure. Les étudiants réfutent la déclaration du procureur général affirmant que Reda a été tué par un tir provenant des manifestants : ils disent détenir plus de 100 témoignages confirmant que le tir mortel provenait des forces de l’ordre.

L’Université du Caire a formellement accusé les forces de l’ordre d’avoir abattu l’étudiant.

Quelles leçons en tirer?

Il y a effectivement de sérieuses questions à se poser quant à l’indépendance de la justice lorsqu’on voit que les peines infligées vont bien au-delà les peines encourues dans la nouvelle loi. A cela s’ajoute la faiblesse des preuves et l’accumulation des peines. La volonté semble claire de vouloir faire un exemple. Alors que les membres de la confrérie musulmane étaient massivement arrêtés, leur femme et leurs filles reprenaient le flambeau pensant peut-être bénéficier d’une certaine immunité. Les rassemblements de femmes se sont multipliés ces dernières semaines. Les juges ont d’ailleurs annoncé détenir des preuves que les Frères Musulmans avaient incité les femmes à manifester. Par ce verdict, la justice semble indiquer que désormais, les femmes ne seront plus épargnées par la répression qui touche la confrérie. Il faut donc que les Frères arrêtent de pousser les femmes dans la rue. Mais le message se veut aussi clair envers les libéraux en leur montrant ce qu’ils pourraient encourir s’ils continuaient à défier le pouvoir. L’entreprise était plus aisée en s’en prenant à des “pro-Morsi”, groupe honni, haï par une partie de la population égyptienne. Il ne fait aucun doute que si une telle sentence avait été prononcée à l’encontre de libéraux, l’onde de choc aurait été encore bien plus violente et se serait répercutée bien au-delà des frontières.

Le jugement en appel est pour samedi 7 décembre. Si les filles sont acquittées ou qu’elles écopent de peines avec sursis, alors cela aura été un simple avertissement et l’histoire sera oubliée. Si la peine est maintenue (ou même allégée), il faudra voir quelle sera la réaction des libéraux qui, il faut l’espérer, adopteront la même position que celle du “Pharaon”. Le Président ne pouvant intervenir maintenant que la demande de jugement en appel a été déposée, pourra aussi décider de pardonner à ces jeunes filles.

Si les peines sont confirmées, il faudra s’attendre à un mouvement de contestation important et à haut risque dans les universités.

A suivre…

Mise à jour du 7 décembre.

Les 21 jeunes filles ont été jugées en appel aujourd’hui. Les 7 mineures ont été purement et simplement acquittées. Les 14 majeures ont, quant à elles, écopées d’un an de prison… avec sursis.

Ce soir, elles étaient toutes libres et ont pu rentrer dans leur famille.

Photo via @amal_azzam93 / Twitter

Souriantes, libres et faisant le signe de Rabea avec leur main. Photo via @amal_azzam93 / Twitter

Sur le sujet : à lire L’histoire mouvementée des Sœurs musulmanes égyptiennes sur

et aussi Sœurs musulmanes, entre répression, régression et émancipation

 

 

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La nouvelle loi encadrant les manifestations approuvée et mise en application

Le 24 Novembre, le président par intérim, Adly Mansour, approuve la loi régulant les manifestations. Cette loi, assure le gouvernement, n’entrave pas la liberté d’expression et n’interdit pas les manifestations mais les encadre. Les groupes de droits civiques s’inquiètent. Pour eux, cette loi a pour but de rendre impossible toute contestation.

La loi encadrant les manifestations, les réunions publiques et les marches

La loi se compose de 25 articles dont le plus important est sans aucun doute l’Article 8 qui fixe les obligations des organisateurs des manifestations. Ces derniers sont tenus de donner un certain nombre d’information au minimum trois jours à l’avance au poste de police le plus proche. Ils doivent ainsi communiquer le lieu, l’heure de début et de fin de la manifestation. Ils doivent également donner le sujet de la manifestation, son but, ses demandes et les slogans qui seront adoptés par ces participants. Enfin, devront également être communiqués, les noms, adresse et contacts des organisateurs.

Des conditions difficilement réalisables et qui conduiront immanquablement à des sanctions en cas de dépassement de la durée, de slogans non signalés…

Bien évidemment, le Ministère de l’Intérieur “peut autoriser une décision d’interdire ou de retarder ou de changer le parcours” de l’événement avant la date prévue si de sérieuses informations ou des indications de menaces à la sécurité ou à la paix leur parviennent. Ils préviendront alors les organisateurs dans un délai de 24 heures à l’avance. Les organisateurs peuvent faire appel de la décision. (Article 10). Un article pointé du doigt par la société civile; les menaces à la sécurité ou à la paix n’étant pas définie, c’est la porte ouverte à une interprétation très large des dites menaces.

Les sanctions varient en fonction du type de violations de la loi. Si l’article 8 est enfreint (manifestation sans autorisation), le contrevenant sera condamné à une amende de 10.000 à 30.000 LE (Article 21). Enfreindre l’article 5 (manifester dans des lieux de dévotion ou utiliser ce lieu comme point de départ à une marche) et l’article 14 (manifester à moins de 300 mètres d’un bâtiment public important tels que les ministères,…) ou porter un masque sur le visage en commettant des forfaits pourra impliquer une sanction d’au maximum un an de prison et une amende de 30.000 à 50.000 LE. Violer l’article 7 (atteinte à la sécurité générale, à l’ordre public, perturber les services publics, les transports ou le trafic, attaquer les forces de sécurité) expose le contrevenant à une peine de prison allant de 2 à 5 ans et à une amende comprise entre 50.000 et 100.000 LE. Celui qui paye ou est payé pour manifester ou qui incite à cette pratique sera emprisonné et paiera entre 100.000 et 200.000 LE d’amende. Les Frères Musulmans avaient été accusés de recruter des manifestants et notamment des Syriens et des Palestiniens pour grossir leur rang et pour tirer sur les anti-Morsi début juillet. Enfin, quiconque possède des armes ou des explosifs alors qu’il participe à une réunion, une marche ou une manifestation devra faire face à 7 ans d’emprisonnement et payer une amende allant de 100.000 LE à 300.000 LE (Article 17).

La loi mise en application deux jours après son entrée en vigueur

La loi a été approuvée par le Président le dimanche et le mardi suivant, une manifestation s’est tenue : l’occasion de mettre en application la nouvelle loi.

A 17.00, quelques 150 manifestants sont réunis devant le Sénat pour manifester contre la Constitution qui est en train d’être débattue article par article par un comité des sages de 50 personnes dans l’enceinte du Sénat. Ils protestent plus particulièrement contre l’article autorisant les tribunaux militaires à juger des civils. Quelques minutes après le début de la manifestation, la police annonce, en utilisant un mégaphone, que la manifestation sera dispersée “dans 4 minutes”. Quelques manifestants semblent avoir été au devant des policiers alors que d’autres s’en sont éloignés. La police a alors fait usage de canons à eau et de matraques.

Photo AFP

Photo AFP

Le Ministère de l’Intérieur accuse les manifestants d’avoir jeté des pierres contre les forces de l’ordre; ce que démentent les organisateurs. Une cinquantaine de manifestants sont arrêtés et embarqués.  Alaa Abdel Fattah, l’une des plus grande figure de la contestation, dit avoir été en contact au téléphone avec des femmes lui révélant qu’elles avaient été battues et avaient été sexuellement harcelées. Ce témoignage a été confirmé par d’autres femmes. Si l’on en croit cette photo, les violences à caractère sexuel ne sont pas réservées qu’aux femmes.

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(Qui est l’auteur de cette photo?)

On remarque aussi que les deux hommes qui appréhendent violemment le manifestant sont habillés en civil ce qui est contraire à l’Article 11 stipulant que les forces de l’ordre sont en uniforme pour disperser les manifestations.

Photo AFP

Photo AFP

Les 26 femmes arrêtées seront relâchées en début de nuit sur une route désertique à l’extérieur du Caire. Une grande partie d’entre elles sont des activistes connues. Mona Seif, la soeur d’Alaa Abdel Fattah, est l’instigatrice du groupe “non aux tribunaux militaires pour les civils”. Les hommes seront gardés en détention un peu plus longtemps.

Après la manifestation réprimée, la manifestation autorisée

Le lendemain, le Ministère de l’Intérieur annonce par l’intermédiaire de sa page Facebook, qu’il a autorisé une manifestation pour le jour même.

Le groupe “Route de la Révolution” et le Mouvement du 6 Avril, organisateurs d’une manifestation ce mercredi, démentent avoir soumis une autorisation auprès du Ministère de l’Intérieur. Ahmed Maher, un des membres fondateurs du mouvement du 6 Avril affirme que son groupe n’a pas soumis de demande puisqu’ils ne “reconnaissent pas la légitimité de la loi”.

Saleh Gaber, dont le fils, connu sous le nom de Jika, a été tué par balle à 16 ans,  au cours d’une manifestation en novembre 2012, avoue qu’il a soumis une requête pour une manifestation. Il ne manifestera pas mais voulait ainsi protéger les jeunes contre les arrestations. D’après le Ministère de l’Intérieur, la manifestation pourra se dérouler de 16.00 à 22.00 sur la place Talaat Harb. Le but de cette manifestation, précise le communiqué du ministère de l’Intérieur, est de protester contre la nouvelle loi encadrant les manifestations et contre l’arrestation de 50 activistes la veille. Le Ministère a donc autorisé une manifestation, laquelle, selon la nouvelle loi, n’aurait dû être acceptée puisque déclarée probablement le jour même, alors qu’il aurait fallu la déclarer au minimum trois jours à l’avance.

Le Jeudi 28 novembre, le gouverneur de Giza annonçait avoir allouer un terrain pour les manifestations pas très loin du plateau des Pyramides. Il se met ainsi en conformité avec l’Article 15 qui stipule que les manifestations seront autorisées sans notification préalable dans des lieux spacieux spécifiques autorisés. La place en question peut contenir quelques 10.000 personnes. L’endroit est facilement accessible à partir des grands axes du Caire. Le gouverneur précise que ce lieu a été choisi par qu’il “était loin des zones résidentielles afin de ne pas perturber les citoyens, de ne pas les exposer à des risques, de ne pas interrompre le travail ou couper les rues”.

Réactions à la loi et aux arrestations du 26 novembre.

 Le Secrétaire Général des Nations-Unies, Ban Ki-moon a demandé à ce que la nouvelle loi soit amendée. Il s’est dit très préoccupé par les détentions, la dispersion violente des manifestants ainsi que par les agressions sexuelles.

Navi Pillay, secrétaire générale des Nations Unies pour les droits humains a déclaré que la nouvelle loi présentait de sérieux défauts et a enjoint l’Égypte à l’amender ou à la retirer. Elle a mis l’accent sur le fait que certains termes laissaient la porte ouverte à une interprétation restrictive et répressive. Il s’agit des dispositions de l’Article 7 et de l’interdiction de porter atteinte à la sécurité générale et à l’ordre public.

Catherine Ashton, la représente de l’UE pour les affaires étrangères, s’est dite préoccupée par la dispersion violente de la manifestation de la veille et par les arrestations de manifestants. Elle reconnait cependant que l’Égypte a un grand besoin de stabilité et que la population aspire à vivre en sécurité. Mais elle “souligne que les droits fondamentaux doivent être respectés”. Au cours de la même déclaration, elle annonce la signature d’une aide de 90 millions d’Euros pour l’Égypte.

Le département d’État américain, par la voie de sa porte-parole, se dit être en accord avec les groupes de défense des droits de l’homme qui affirment que la nouvelle loi contrevient les standards internationaux.

Ce que conteste, un général égyptien présenté comme un expert à la TV égyptienne. C’est une loi “qui définit les droits et les devoirs et pose des restrictions à leurs pratiques” Les manifestations de mardi étaient un test et les forces de l’ordre “sont déterminées à appliquer la loi sans tenir compte des conséquences dans le but de combattre les nombreuses menaces auxquelles la nation doit faire face”.

 Force est de constater que la nouvelle loi n’a pas mobilisé les foules contre elle. Ils étaient tout au plus quelques centaines à manifester mercredi. Peut-être est-ce parce ce que dans l’esprit de beaucoup, cette loi est avant tout destinée aux Frères Musulmans qui ont pris l’habitude de défiler tous les vendredis pour réclamer le retour de Morsi. Ce qui expliquerait la promptitude avec laquelle les autorités ont accepté la manifestation contre la loi devant se tenir le mercredi 27 et dont les organisateurs n’avaient aucun lien organique avec les pro-Morsi. Les pro-Morsi ou “anti coup” ne feront jamais de demande de manifestations auprès du Ministère de l’Intérieur et s’exposent par conséquent à de graves mesures de rétorsion. Les activistes du mardi 26 ont été arrêtés pour ne pas avoir déposer de demande de manifestation. Les “anti-coup” seront accusés de menace à la sécurité intérieure.

En conclusion, encore quelques mots de Navi Pillay “C’est un pays dans lequel les gens ont proclamé haut et fort et de façon claire, courageuse et de manière répétée leur désir d’être capable de manifester pacifiquement en accord avec leurs droits humains fondamentaux. [...] Il y a un risque réel que la vie de manifestants pacifiques soit menacée par le comportement violent d’une poignée, ou parce que la loi peut être trop facilement interprétée par les autorités locales d’une façon qui les autorise à utiliser la force de manière excessive et dans des circonstances inappropriées.”

Sources : 

La traduction en anglais de la loi encadrant les manifestations (ce n’est pas une traduction officielle et il y a des erreurs) http://english.ahram.org.eg/News/87375.aspx

 La journée du mardi 25 novembre et les arrestations http://madamasr.com/content/update-female-detainees-released-and-dumped-desert-road

 l’autorisation obtenue sans avoir été demandée http://madamasr.com/content/protests-downtown-cairo-against-protest-law

 Les réactions à la nouvelle loi http://madamasr.com/content/some-condemn-others-laud-use-new-protest-law

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